Présentation de l'encyclique
Le pape Léon XIV a publié lundi sa première lettre encyclique, intitulée « Magnifica Humanitas », consacrée à l'intelligence artificielle. Ce document, très attendu, entend fixer la position de l'Église catholique face à une technologie en plein essor. D'après les premières réactions, le texte se veut mesuré et pastoral, privilégiant une approche éthique plutôt qu'un rejet pur et simple de l'IA.
Une critique acerbe
Un essai publié le même jour par un éditorialiste catholique connu, Matthew Walther, exprime une vive déception. Walther, qui dirige la revue littéraire catholique The Lamp, qualifie l'encyclique de « décevamment mesurée et prudente ». Il estime que le pape aurait dû adopter une position plus ferme, voire « partir en guerre contre l'IA ». Selon lui, le texte ne va pas assez loin dans la dénonciation des dangers de la technologie, notamment son rôle dans la déshumanisation de la médecine et la destruction des relations humaines.
Les faiblesses selon l'essayiste
L'essayiste reproche notamment à l'encyclique de s'ouvrir sur l'image de la tour de Babel, symbole biblique de l'orgueil technologique, mais d'en manquer le sens véritable : « Ne la construisez pas ! » au lieu d'appeler à une éthique plus inclusive. Il juge le document « peu inspiré et mal centré », avec trop de citations hors contexte (« Le Seigneur des Anneaux », Hannah Arendt) et pas assez de penseurs contemporains comme le philosophe catholique Byung-Chul Han ou l'historien Anton Jäger.
L'accueil de l'encyclique
La présentation officielle de l'encyclique a suscité des interrogations en raison de la présence de Christopher Olah, cofondateur de la société d'IA Anthropic, aux côtés du pape. Pour Walther, cette présence est aussi choquante que si le pape Léon XIII avait invité John D. Rockefeller à l'écouter parler de la dignité du travail en 1891. L'encyclique, selon lui, ne répond pas aux attentes nourries par la comparaison avec « Rerum Novarum », le texte fondateur de la doctrine sociale de l'Église.
Le tempérament du pape
Le pape Léon XIV, originaire de Chicago, est décrit comme un homme pragmatique, utilisateur d'Internet, de smartphone, de réseaux sociaux et même du jeu Wordle. Son rapport à la technologie est celui d'un homme de son âge, pour qui les outils numériques restent des instruments, non une « réalité augmentée atomisante ». L'essayiste souligne que ce tempérament explique sa vision optimiste de l'IA, déjà perceptible dans un message précédent où il évoquait une IA « profondément ecclésiale » au service de l'éducation catholique et des soins de santé compatissants.
Une autorité limitée
L'essayiste reconnaît que l'Église dispose de peu de moyens pour imposer un rejet radical de l'IA. Une excommunication des utilisateurs de ChatGPT ou un interdit sur la Silicon Valley serait peut-être amusante, mais inefficace, comme le montre le faible taux d'observance de l'enseignement sur la contraception (15 % seulement des catholiques américains suivent « Humanae Vitae »). Selon lui, l'Église, pour rester crédible, doit se concentrer sur la préservation des valeurs humanistes plutôt que sur des condamnations tonitruantes.
Conclusion
L'encyclique « Magnifica Humanitas » marque une première prise de position officielle de l'Église sur l'IA, mais elle divise déjà. Si certains y voient un texte équilibré et réaliste, d'autres, comme Matthew Walther, estiment qu'elle est trop tiède face à un phénomène qu'il considère comme un mal absolu. Le débat sur le rôle de l'Église dans la régulation technologique est loin d'être clos.