L'armée russe a employé le missile balistique intermédiaire Orechnik lors du bombardement massif qui a visé Kiev et plusieurs régions ukrainiennes ce week-end, ont indiqué des sources officielles et des responsables locaux. Cette utilisation s'inscrit dans une banalisation progressive de ce système d'arme, qui n'était plus réservé à des frappes exceptionnelles.

Au lendemain de l'attaque, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a averti que « les frappes vont continuer », justifiant ces opérations comme une réponse aux actions ukrainiennes en Russie et dans les territoires occupés. Outre la capitale ukrainienne, les régions de Poltava, Kirovograd et Tcherkassy ont également été touchées. Dans la région de Bila Tserkva, l’Orechnik a été employé, a précisé l’armée russe.

Un missile passé de l'exception à la routine

L’Orechnik est un missile balistique d’une portée intermédiaire, capable d’atteindre des cibles à plusieurs centaines de kilomètres. Présenté par Moscou comme une arme de dissuasion lors de son premier tir opérationnel en décembre 2024, il était alors décrit comme un système répondant à des menaces spécifiques. Désormais, il est intégré à des salves mêlant drones, missiles de croisière et autres projectiles balistiques.

Cette évolution tactique inquiète les autorités ukrainiennes. Les défenses antiaériennes, bien que renforcées par des systèmes occidentaux, peinent à intercepter des cibles multiples et variées. L’Orechnik, par sa vitesse et sa trajectoire, complique encore la tâche des batteries de défense.

Un contexte d'escalade

L’attaque du week-end intervient deux jours après une opération ukrainienne de drones sur le territoire russe, que le Kremlin a immédiatement dénoncée. Moscou a présenté les bombardements comme une « riposte », sans préciser si l’emploi de l’Orechnik était directement lié à cet incident.

Les frappes ont causé des dégâts matériels et des blessés à Kiev, selon les services de secours. Aucun bilan officiel n’a encore été communiqué par les autorités ukrainiennes. Les images diffusées par les médias locaux montrent des immeubles résidentiels soufflés par l’onde de choc et des incendies maîtrisés par les pompiers.

Une arme à portée politique

L’Orechnik n’est pas un outil purement militaire. Sa mise en avant par le Kremlin vise également à envoyer un message aux Occidentaux : la Russie dispose d’armes modernes capables de frapper en profondeur le territoire ukrainien, malgré les livraisons de systèmes antiaériens à Kiev.

Pour l’instant, aucune information officielle n’indique que des composants du missile aient été récupérés par les forces ukrainiennes pour analyse. Les experts estiment que son déploiement régulier témoigne d’une volonté de normaliser son usage, mais aussi de tester sa fiabilité en conditions réelles.

La guerre en Ukraine entre dans une phase où la routine des bombardements masque une escalade technologique discrète, mais réelle.