Moscou a intensifié ses menaces envers l’Ukraine, avertissant de frappes « systématiques et ciblées contre le complexe militaro-industriel de Kiev » et appelant les ressortissants et diplomates étrangers à quitter la ville « dès que possible ». Cette escalade verbale intervient après une attaque ukrainienne revendiquée sur Starobilsk, dans la région occupée de Louhansk, que la Russie présente comme un tir délibéré contre des civils ayant tué 21 étudiants. L’Ukraine affirme de son côté avoir visé une installation militaire.
Une rhétorique qui reflète des difficultés sur le terrain
Pour les autorités ukrainiennes, ces menaces ne sont pas nouvelles. Le ministère des Affaires étrangères ukrainien estime que « le niveau global de menace sécuritaire posé par la Russie contre Kiev et d’autres villes reste le même que les mois et années précédents ». Cependant, le langage employé par le Kremlin pour justifier ces frappes marque un changement.
Ivan Stupak, ancien officier du renseignement ukrainien et analyste militaire, y voit une tentative de Moscou de contrôler un récit qui lui échappe. « Quand on a des problèmes avec l’économie et la société russe, il y a une pression pour la vengeance », explique-t-il. Andreï Kovalenko, membre du Conseil de sécurité nationale et de défense d’Ukraine, ajoute que « faute de résultats stratégiques sur le front, le Kremlin cherche à exercer une pression psychologique sur l’Ukraine ». Il souligne aussi que ces avertissements visent à détourner l’attention des frappes ukrainiennes en profondeur sur le territoire russe et à affaiblir le soutien des alliés occidentaux.
Un contexte militaire défavorable pour la Russie
L’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), basé à Washington, estime que « le caractère de la guerre est en train de basculer en faveur des forces ukrainiennes – du moins pour l’instant ». Les pertes russes dépassent depuis cinq mois le nombre de nouvelles recrues mensuelles. Nigel Gould-Davies, de l’Institut international d’études stratégiques (IISS), juge que la Russie, confrontée à des contraintes industrielles et de main-d’œuvre croissantes, devra bientôt décider si elle mobilise de force son économie et sa société, une mesure « très perturbatrice et impopulaire » qui comporterait des risques pour la stabilité du pays.
Kiev sous pression malgré tout
Cette fragilité russe ne réduit pas la menace pour l’Ukraine. Kiev panse encore les plaies de la dernière « frappe de vengeance » du week-end, où près de 600 drones et 90 missiles ont été lancés, dont au moins un missile hypersonique Orechnik, doté de six têtes et très difficile à intercepter. La défense antiaérienne ukrainienne a détruit la plupart des drones, mais 35 missiles ont atteint leur cible. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a renouvelé ses appels aux alliés pour obtenir davantage de systèmes de défense aérienne.
Le porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne, Iouriï Inhat, insiste : « Le principal problème reste le nombre limité de missiles intercepteurs disponibles pour la défense antiaérienne de l’Ukraine. » Les systèmes Patriot américains demeurent le seul moyen efficace d’abattre les missiles balistiques russes, mais ils sont en quantité insuffisante.
Conclusion : une escalade sous la contrainte
Si la Russie semble de plus en plus acculée militairement et économiquement, sa capacité à infliger des destructions massives à l’Ukraine reste intacte. Pour Kiev et ses alliés, cette situation paradoxale – un Kremlin qui menace plus fort parce qu’il est en difficulté – est aussi une raison de s’inquiéter.