Un matériau omniprésent et opaque

« Le béton est le matériau le plus utilisé dans le monde mais personne ne sait d'où vient son parpaing », affirme l'architecte et militante écologiste Léa Hobson. Dans son ouvrage Désarmer le béton — Ré-habiter la terre, paru aux éditions La Découverte en 2025, elle analyse l'emprise de cette industrie sur nos sociétés. Chaque année, le monde extrait neuf fois plus de granulats que de pétrole et fabrique entre 6 et 10 milliards de tonnes de béton. Pourtant, la provenance des matériaux de construction reste largement ignorée du grand public, un parallèle que Léa Hobson établit avec les secteurs textile et agricole, où la prise de conscience sur les conditions de production a été tardive.

Des impacts environnementaux et sanitaires multiples

L'architecte souligne que la filière du béton est traversée par la question de l'eau : vidange d'un lac pour enfouir des déchets, utilisation d'eau pour laver le sable marin, rejets d'eaux usées de la fabrication du ciment. Elle cite des exemples concrets, comme la carrière Tahun en Loire-Atlantique, abandonnée puis devenue un petit lac, que le carrier veut vider pour réexploiter le site. En Ariège, l'extraction de granulats dans les rivières est également contestée. Sur le plan sanitaire, elle rappelle les maladies liées à la construction, telles que la silicose, une maladie pulmonaire, la gale du ciment, les maladies respiratoires, sans oublier les accidents et décès sur les chantiers.

Un système économique verrouillé

Léa Hobson explique que les alternatives à base de matériaux ancestraux (pierre, terre, bois) restent minoritaires en raison de normes défavorables, de formations tournées exclusivement vers le béton et d'une économie capitaliste axée sur le profit. « Derrière le béton, il y a toute une économie capitaliste axée sur le profit. Face à lui, les alternatives ne proposent ni croissance infinie ni mégaprofits », détaille-t-elle. Elle relève également que l'entretien des bâtiments en béton est négligé au profit de la démolition et de la reconstruction, plus rentables, ce qui conduit à la dégradation des immeubles, notamment dans les quartiers populaires.

Des mobilisations en cours

Du 23 au 26 mai, plusieurs actions sont organisées dans toute la France contre le bétonnage des terres. Les organisateurs rappellent que plus de 24 000 hectares sont encore artificialisés chaque année pour construire des maisons, des autoroutes, des entrepôts logistiques ou des data centers. Léa Hobson, qui a été impliquée dans Extinction Rebellion et Les Soulèvements de la Terre, appelle à une « voix collective » pour s'opposer à ce matériau qu'elle qualifie d'« arme de destruction massive du vivant ».