Une tasse qui coûte cher

À Kew Bridge, dans l'ouest de Londres, le chariot de café vintage italien Dear Coco attire chaque matin un flot de touristes, de joggeurs et de promeneurs. Un latte glacé y est vendu 4,50 livres, un latte de 280 ml 4,10 livres, et un flat white de 170 ml 3,90 livres. Il y a quelques années, ces prix auraient paru très élevés. Désormais, dans une grande partie du Royaume-Uni, le seuil des 4 livres est largement franchi, y compris dans les chaînes qui n'utilisent pas les grains les plus fins. Un grand café à Londres, servi avec un lait alternatif comme le soja ou l'amande, approche désormais les 5 livres.

Anthony Duckworth, qui travaille au chariot, confie : « Nous tenons absolument à maintenir le prix d'un flat white sous les 4 livres le plus longtemps possible. Mais cela devient de plus en plus difficile, car chaque maillon de la chaîne d'approvisionnement a renchéri. Il y a un seuil psychologique très important autour de cette barre des 4 livres. »

Une industrie sous pression

Le café n'est pas qu'un rituel matinal répété dans le monde entier : c'est un baromètre de l'économie moderne. Chaque tasse révèle des phénomènes aussi variés que l'inflation des matières premières, le chaos commercial, les tensions géopolitiques, le changement climatique et les goûts de la génération Z. Elle renseigne aussi sur la demande croissante de la classe moyenne chinoise et les effets économiques persistants de la guerre du Viêt Nam.

Giuseppe Lavazza, dont l'arrière-grand-père a lancé la marque de café Lavazza il y a 131 ans, a vu son secteur confronté à des difficultés inédites, touchant les deux types de grains les plus importants au monde. D'un côté, les grains d'arabica, récoltés à la main en altitude au Brésil, en Éthiopie et au Kenya. De l'autre, les grains de robusta, plus riches en caféine, récoltés massivement par des machines, notamment au Viêt Nam, qui s'est imposé sur ce marché depuis la fin de sa guerre dans les années 1970.

Le climat en cause

Il y a deux ans, une convergence d'événements climatiques a poussé le prix des deux variétés à des sommets pluridécennaux. Début 2024, le Viêt Nam a connu sa pire sécheresse depuis des décennies (les précipitations ont chuté de 30 %). Puis, à la fin de l'année dernière, un typhon a frappé les récoltes. Au Brésil, les agriculteurs peinent encore à se remettre d'un gel sévère survenu en 2021, qui avait endommagé la production d'arabica.

Résultat : le prix de l'arabica a culminé l'année dernière à plus de 4 dollars (2,97 livres) la livre de grains verts, contre environ 1,20 dollar historiquement. Il est depuis redescendu à 3,08 dollars. Le robusta a encore plus augmenté, atteignant 2,59 dollars (1,92 livre) avant de se stabiliser autour de 1,56 dollar. Les deux grains coûtent désormais nettement plus cher qu'avant 2020.

« Ces dernières années ont été une période sans précédent en termes de complexité et de difficultés », explique Lavazza, qui estime que les prix ne devraient pas baisser rapidement. « Malheureusement, nous devons attendre au moins deux ans, car il faut que deux grandes récoltes du Brésil et du Viêt Nam arrivent sur le marché pour créer des conditions différentes. »

Spéculation et rétention

Lavazza pointe également la spéculation sur les marchés financiers. Chaque matin à 4h30, des milliers d'agriculteurs vietnamiens consultent leur smartphone pour connaître les cours (et les prix futurs anticipés) du robusta. Selon le bureau de Hanoï du Service agricole étranger du gouvernement américain, cette information facilement accessible en ligne incite de nombreux producteurs à stocker — plutôt qu'à vendre — leurs grains après la récolte, dans l'espoir que les prix montent encore. Ils jouent ainsi sur les marchés.

Les récoltes à venir

Tous les regards se tournent désormais vers la récolte de juillet au Brésil. Certains analystes prévoient une récolte abondante d'arabica, ce qui devrait faire baisser les prix. À l'inverse, la perspective d'un « super » El Niño annoncé pour l'automne — un réchauffement du Pacifique qui survient tous les quelques années — pourrait entraîner de nouvelles perturbations.

Les guerres commerciales

Autre source de perturbation bien connue sur les marchés du café : les droits de douane. Le « Jour de la libération » promu par Donald Trump l'année dernière a imposé des tarifs douaniers sévères aux pays producteurs de café. Le Viêt Nam a été frappé de 46 %, l'Indonésie de 32 %, et le Brésil de 50 % (après une escalade de 10 %). La ceinture du café s'est trouvée être aussi la ceinture tarifaire. Les exportations brésiliennes vers les États-Unis se sont effondrées, chutant de plus de la moitié l'été dernier.

Un avenir incertain

Le café à 5 livres est donc le reflet d'une économie mondiale sous tension : aléas climatiques, comportements spéculatifs, conflits commerciaux. Giuseppe Lavazza mise sur l'innovation, notamment avec un « cookie de café » appelé tabli, pour répondre au marché domestique croissant sans recourir aux dosettes métalliques contestées. Mais pour le consommateur, la note risque de rester élevée encore un certain temps.