L'ultime rideau tombe sur « The Late Show with Stephen Colbert ». Le 21 mai, le célèbre animateur présentera son dernier épisode sur CBS, mettant un terme à onze années d'une émission devenue une pierre angulaire de la satire politique américaine. L'annonce de cette annulation, faite en juillet dernier, a suscité de nombreuses réactions, y compris celle du président Donald Trump, qui s'est réjoui de cette décision.

Une décision financière, mais un contexte politique

Selon le réseau CBS, la décision de ne pas renouveler le contrat de Stephen Colbert serait « purement financière ». L'animateur lui-même reconnaît que l'effondrement économique des modèles traditionnels de télévision diffusée a pu contribuer à cette issue. Cependant, le contexte dans lequel l'annonce a été faite alimente d'autres interprétations. L'arrêt de l'émission est en effet survenu quelques jours seulement après que CBS et sa maison mère, Paramount, ont accepté de verser 16 millions de dollars (environ 13,6 millions d'euros) pour régler une plainte déposée par Donald Trump. Dans son émission, Colbert avait qualifié cet accord de « grosse pot-de-vin » (« big fat bribe »). Cette coïncidence temporelle, liée également au projet de fusion de plusieurs milliards de dollars entre Paramount et le studio Skydance, a nourri les spéculations sur une possible pression politique.

Un franc critique de Donald Trump

Stephen Colbert n'a jamais caché son opposition au président Trump. Cette ligne éditoriale assumée a valu à l'animateur les foudres du locataire de la Maison-Blanche. Dans un message publié sur son réseau Truth Social en juillet, Donald Trump a ouvertement célébré l'annulation, écrivant : « J'adore absolument que Colbert ait été viré. Son talent était encore moindre que ses audiences. »

Malgré ces attaques, « The Late Show » restait le programme de late-night le plus regardé aux États-Unis, avec une moyenne de plus de 2,7 millions de téléspectateurs en 2026. Sa popularité s'étendait également au numérique, avec 10 millions d'abonnés sur sa chaîne YouTube.

L'évolution d'un genre et la patte Colbert

La télévision de fin de soirée est une tradition ancienne aux États-Unis, remontant aux années 1950. Johnny Carson, avec « The Tonight Show » sur NBC de 1962 à 1992, en a fait une institution culturelle. David Letterman, prédécesseur de Colbert sur CBS, a modernisé le format en y ajoutant de l'irrévérence, influençant toute une génération d'animateurs, dont Jon Stewart, Jimmy Kimmel et Stephen Colbert.

Ce dernier a imprimé sa marque distinctive en accentuant la dimension politique, en particulier après l'élection de Donald Trump en 2016. « Colbert a clairement apporté son propre style signature », analyse Sophia A. McClennen, professeure d'affaires internationales et de littérature comparée à l'université d'État de Pennsylvanie et auteure d'ouvrages sur la satire et le travail de l'animateur. Pour elle, Colbert a su anticiper l'ère de la « post-vérité » en faisant de la satire un outil pédagogique et démocratique. Son passage de Comedy Central à CBS en 2015 a marqué un tournant, lui offrant une tribune plus large pour son humour incisif.

Un héritage satirique

Avec la fin de « The Late Show », c'est une page de l'histoire de la télévision américaine qui se tourne. L'émission, qui a accueilli d'innombrables invités, dont l'ancien président Barack Obama dans l'un de ses derniers épisodes, laisse derrière elle un héritage important. Pour Sophia A. McClennen, Colbert a su incarner une forme de résistance culturelle par le rire, faisant de son plateau un espace de débat politique autant que de divertissement. Son départ, qu'il soit purement économique ou lié à des pressions politiques, marque la fin d'une ère pour la satire télévisée américaine.