Le nombre de naissances en Angleterre et au Pays de Galles a atteint en 2025 son plus bas niveau depuis près d’un demi-siècle, selon les données publiées par l’Office national des statistiques (ONS). Avec 585 000 naissances vivantes, le chiffre est en baisse de 10 000 par rapport à l’année précédente et constitue le plus faible total depuis 1977.
Le recul des naissances s’inscrit dans une tendance de fond amorcée depuis 2010. Le nombre estimé d’enfants par femme est ainsi passé d’environ 1,9 en 2010 à moins de 1,4 en 2025. Parallèlement, l’âge moyen des mères à la naissance de leur premier enfant atteint 29,6 ans, soit environ deux ans de plus qu’en 2010.
Des témoignages qui illustrent les choix individuels
Stacey Waring, infirmière de 40 ans originaire de Nottingham, explique ne pas avoir eu d’enfants. « Ce n’est tout simplement pas un monde très agréable dans lequel amener des gens, et pourquoi le ferais-je consciemment quand je peux choisir de ne pas le faire ? », confie-t-elle. Elle évoque les incertitudes mondiales et le changement de mode de vie : « Si j’avais eu des enfants, j’aurais dû réduire mes heures de travail. Je suis une grande voyageuse et je pars dès que je peux avec mon camping-car, ce que je ne pourrais pas faire si j’avais des enfants. »
Georgina Tuffour, 35 ans, infirmière en formation mariée à un chauffeur Uber, aurait souhaité agrandir sa famille mais se heurte à la hausse du coût de la vie. Déjà mère de trois enfants âgés de 6 à 10 ans, elle décrit les renoncements quotidiens : « Ma fille veut s’inscrire à toutes les activités à l’école, mon fils adore jouer de la batterie et cela coûte 50 livres par mois. J’ai dû leur dire que je ne peux pas payer pour tous les inscrire, et cela me brise le cœur, alors imaginez en avoir un autre ? »
Analyses d’experts : un phénomène culturel et économique
Pour le Dr Paula Sheppard, anthropologue à l’Université d’Oxford, la hausse du coût de la vie explique en partie pourquoi les gens attendent d’avoir « beaucoup plus de pions en place » avant d’avoir des enfants. « Ils attendent un meilleur emploi, un meilleur salaire, une meilleure maison, un meilleur quartier, et il faut plus de temps pour obtenir tout cela dans le climat actuel », ajoute-t-elle. Elle souligne que le coût des enfants augmente – alimentation, vêtements – et que l’économie pèse lourdement.
Mais la chercheuse insiste sur une dimension plus large : « Même dans les pays nordiques, avec leurs politiques sociales favorables à la famille, on n’observe pas d’augmentation des taux de natalité. » Selon elle, la baisse est liée à un « changement culturel » : les familles choisissent « d’investir dans moins d’enfants plutôt que d’avoir beaucoup d’enfants avec moins de choses ». Elle évoque également un effet psychologique auto-entretenu : « Si vous grandissez dans une société où vous ne voyez pas beaucoup de bébés, il devient alors plus difficile pour vous d’en avoir vous-même. »
Une évolution démographique majeure
La part des naissances où au moins un des parents est né hors du Royaume-Uni a augmenté, passant de 30 % à 40 % sur la même période. Ce phénomène, combiné à la baisse générale des naissances, redessine la composition démographique du pays.
Les données de l’ONS confirment une tendance qui préoccupe depuis plusieurs années : le vieillissement de la population et la diminution du nombre de naissances devraient entraîner un excédent des décès sur les naissances à partir de cette année, selon des projections récentes de l’institut.