Asuncion, Paraguay – Confronté à un arriéré de paiement d’environ un milliard de dollars dus à des fournisseurs et prestataires de services, le gouvernement paraguayen étudie la possibilité de repousser l’échéance de sa cible de déficit budgétaire. Ce report permettrait de libérer les fonds nécessaires au règlement de ces dettes accumulées, selon des informations concordantes.

Cette décision intervient dans un contexte de tension sur les finances publiques où le gouvernement doit concilier la nécessité d’assainir ses comptes avec celle d’apurer ses arriérés. Le montant d’un milliard de dollars représente une somme significative pour l’économie paraguayenne, qui pèse environ 40 milliards de dollars.

Un rééquilibrage budgétaire compromis

Le report de l’objectif de déficit marque une inflexion dans la stratégie de consolidation fiscale du pays. L’administration précédente s’était engagée sur une trajectoire de réduction du déficit, mais les arriérés accumulés viennent compliquer cet objectif. En choisissant de prioriser le paiement des fournisseurs, le gouvernement prend le risque de voir son déficit dépasser les limites précédemment fixées.

L’enjeu est d’autant plus sensible que le Paraguay cherche à préserver sa notation de crédit et la confiance des investisseurs. Un déficit plus élevé que prévu pourrait être perçu négativement par les agences de notation et les marchés financiers. Cependant, ne pas payer les fournisseurs exposerait l’État à des risques juridiques et à une paralysie de certains services.

Des fournisseurs en attente

Les créanciers concernés sont des entreprises locales et internationales qui ont fourni des biens et services à l’État paraguayen sans avoir été réglées dans les délais contractuels. Ces retards de paiement, qui s’accumulent depuis plusieurs mois, pèsent sur la trésorerie des fournisseurs, notamment les petites et moyennes entreprises qui dépendent des contrats publics.

Le gouvernement paraguayen n’a pas précisé dans quel délai il entendait procéder au remboursement ni de quelle ampleur serait le report de l’objectif de déficit. Les discussions se poursuivent au sein de l’exécutif et avec le Parlement, dont l’approbation est nécessaire pour toute modification de la loi de finances.

Regard des agences de notation

L’annonce de ce possible report survient alors que le Paraguay a obtenu une amélioration de sa note souveraine ces dernières années, grâce à une gestion budgétaire jugée prudente et à une croissance économique soutenue. Tout assouplissement de la discipline fiscale sera scruté de près par les analystes.

Pour l’instant, le gouvernement assure qu’il s’agit d’une mesure temporaire et limitée, destinée à solder un passif exceptionnel. Le ministre des Finances a plaidé pour un « rééquilibrage graduel » qui préserve la crédibilité du pays tout en répondant aux urgences de trésorerie.

Impacts économiques attendus

À court terme, le paiement des fournisseurs injectera un milliard de dollars dans l’économie, ce qui pourrait stimuler la consommation et l’investissement privé. Mais à long terme, un déficit plus élevé pourrait conduire à une augmentation de la dette publique et à un alourdissement de la charge d’intérêts.

Le Paraguay reste néanmoins l’un des pays les moins endettés d’Amérique latine, avec un ratio dette/PIB inférieur à 35 %. Cette marge de manœuvre relative explique pourquoi le gouvernement peut envisager un report de son objectif sans provoquer de panique sur les marchés.

Prochaines étapes

Le texte modifiant l’objectif de déficit devrait être soumis au Parlement dans les prochaines semaines. L’opposition pourrait critiquer ce qu’elle considère comme un manque de rigueur budgétaire, mais la majorité présidentielle dispose des voix nécessaires pour faire adopter la mesure.

En attendant, les fournisseurs espèrent un règlement rapide de leurs créances, alors que certains d’entre eux ont dû recourir à des emprunts coûteux pour compenser les retards de paiement de l’État.