Le département de la Défense des États-Unis s’apprête à tester une utilisation inédite de l’un de ses plus grands navires de guerre. Le porte-avions à propulsion nucléaire USS Gerald R. Ford (CVN-78) sera employé comme centrale électrique flottante pour alimenter des bases à terre, une première pour un bâtiment de cette taille. L’exercice, prévu pour l’été, vise à évaluer la capacité du navire à fournir une source d’énergie de secours après une attaque ou une catastrophe naturelle.

Un démonstrateur de résilience énergétique

L’USS Gerald R. Ford est équipé de deux réacteurs nucléaires A1B, conçus pour offrir une puissance accrue par rapport aux générations précédentes. Ces réacteurs permettent au porte-avions de générer une quantité d’électricité bien supérieure à ses propres besoins, ce qui ouvre la possibilité de rediriger l’excédent vers des installations côtières. Selon des responsables américains, le navire serait raccordé au réseau électrique terrestre via des câbles et des transformateurs adaptés, permettant d’alimenter des infrastructures critiques telles que des bases aériennes, des centres de commandement ou des ports.

Le Pentagone cherche à diversifier les sources d’alimentation de ses sites sensibles afin de réduire leur dépendance à un réseau électrique civil vulnérable. Les menaces cybernétiques, les frappes aériennes ou les phénomènes météorologiques extrêmes pourraient en priver certaines régions. Dans ce contexte, un porte-avions ancré au large pourrait constituer une réserve d’énergie mobile et puissante, déployable rapidement là où le besoin se fait sentir.

Un concept éprouvé, mais à plus grande échelle

L’idée d’utiliser un navire comme source d’électricité pour la terre n’est pas entièrement nouvelle. Des bâtiments de la marine américaine, notamment des destroyers ou des navires amphibies, ont déjà fourni de l’électricité à des ports ou à des installations côtières lors de situations d’urgence. Cependant, la puissance d’un superporteur nucléaire dépasse de loin celle de ces unités. Avec une capacité de production électrique estimée à plusieurs dizaines de mégawatts, l’USS Gerald R. Ford pourrait alimenter une base de taille moyenne pendant des semaines, voire des mois, sans nécessiter de ravitaillement en combustible.

L’exercice estival doit permettre de valider les aspects techniques du raccordement, la stabilité du réseau, ainsi que les procédures de sécurité. Les réacteurs nucléaires du navire sont conçus pour fonctionner en continu et en toute sûreté, mais leur utilisation pour un usage externe impose des mesures supplémentaires de contrôle et de coordination avec les autorités civiles.

Un enjeu stratégique et logistique

Au-delà de la simple démonstration technologique, cette initiative répond à une préoccupation croissante au sein des forces armées américaines : garantir la continuité des opérations en cas de panne généralisée du réseau électrique. La guerre en Ukraine et les tensions en Asie ont montré que les infrastructures énergétiques civiles peuvent être des cibles prioritaires. Disposer d’une source d’énergie embarquée, mobile et protégée, offrirait un avantage tactique et stratégique notable.

Par ailleurs, le recours à un porte-avions nucléaire pour des besoins terrestres pose la question de l’emploi de ces navires, traditionnellement dédiés à des missions offensives. Si le test est concluant, il pourrait ouvrir la voie à une nouvelle doctrine d’emploi des grands bâtiments à propulsion nucléaire, les transformant en centrales électriques d’appoint pour les zones sinistrées ou les théâtres d’opérations dépourvus d’infrastructures énergétiques.

Prochaines étapes

Aucune date précise n’a été communiquée pour l’exercice, mais les préparatifs techniques sont en cours. Le succès de cette démonstration pourrait inciter le Pentagone à équiper d’autres navires de capacités similaires, ou à intégrer cette fonction dès la conception des futurs porte-avions de la classe Ford. La marine américaine suit de près les résultats, ainsi que les éventuelles implications réglementaires liées au transport d’électricité depuis un navire de guerre vers le réseau civil.