Le nombre de jeunes Britanniques sans emploi, études ni formation (NEETs) a atteint un niveau préoccupant, suscitant des mises en garde des experts économiques sur le risque de voir émerger une « génération perdue ». L'alerte, rapportée par plusieurs sources, intervient dans un contexte de fragilité du marché du travail post-pandémie et de tensions inflationnistes.

Les données les plus récentes montrent une hausse continue du taux de NEETs parmi les 16-24 ans au Royaume-Uni. Cette progression est jugée particulièrement alarmante car elle touche une cohorte déjà fragilisée par les confinements successifs et les perturbations scolaires. Les spécialistes soulignent que l'absence prolongée d'activité professionnelle ou de formation à cet âge peut provoquer une désocialisation et un décrochage irréversibles.

« Nous risquons de perdre toute une génération si des mesures correctives ne sont pas prises immédiatement », a déclaré un analyste du marché du travail cité dans les rapports. L'expression « génération perdue » fait référence aux jeunes qui, faute d'accès à l'emploi ou à la formation, voient leurs perspectives d'avenir durablement compromises.

Une situation aux multiples causes

Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation. La flambée du coût de la vie a réduit les incitations à la reprise d'études ou à la recherche d'emploi pour certains jeunes, tandis que d'autres se heurtent à des obstacles structurels : manque de logements abordables, difficultés d'accès aux transports, ou inadéquation entre les compétences acquises et les besoins du marché. La santé mentale, fortement dégradée chez les jeunes depuis la pandémie, est également pointée comme un frein majeur à l'insertion.

Le phénomène des NEETs n'est pas nouveau, mais son ampleur actuelle inquiète par sa persistance. Alors que le chômage global reste relativement bas, la proportion de jeunes complètement en marge de toute activité productive a grimpé à des niveaux qui n'avaient pas été observés depuis plusieurs années. Les comparaisons historiques avec les conséquences de la crise financière de 2008 sont évoquées par les observateurs.

Conséquences économiques et sociales

Au-delà de la tragédie individuelle, le coût pour la collectivité est immense. Un jeune NEET génère, sur l'ensemble de sa vie, des coûts supplémentaires pour les systèmes de protection sociale et de santé, et une perte de recettes fiscales. Les économistes estiment que le manque à gagner pour l'économie britannique pourrait se chiffrer en milliards de livres si la tendance n'est pas inversée.

Des associations et think tanks appellent à un plan d'urgence combinant des aides financières ciblées, un renforcement des dispositifs d'orientation et de mentorat, et des programmes de formation professionnelle adaptés aux besoins des entreprises locales. Certains suggèrent également de conditionner certaines prestations sociales à une participation active à des parcours d'insertion.

« Il ne s'agit pas seulement d'une question de justice sociale, mais aussi de compétitivité économique », insistent les analystes. Le Royaume-Uni fait face à des pénuries de main-d'œuvre dans des secteurs clés comme la santé, la construction ou les technologies de l'information. Réintégrer les NEETs dans le circuit productif pourrait contribuer à résoudre ces tensions tout en offrant un avenir à ces jeunes.

Quelles réponses politiques ?

Les autorités britanniques ont multiplié les annonces ces derniers mois, avec des programmes visant à augmenter les places en apprentissage, à financer des stages et à renforcer le soutien psychologique en milieu scolaire. Cependant, les critiques estiment que ces mesures restent insuffisantes face à l'ampleur du défi. Des voix s'élèvent pour réclamer une coordination renforcée entre les ministères de l'Éducation, du Travail et de la Santé, ainsi qu'avec les collectivités locales.

Le débat s'inscrit dans un contexte politique tendu, où la question du coût de la vie et de la protection sociale est au cœur des préoccupations des électeurs. Le gouvernement conservateur est sous pression pour démontrer son efficacité sur le front de l'emploi des jeunes, alors que l'opposition travailliste propose des réformes plus ambitieuses du système de formation et d'indemnisation.

L'avenir de ces jeunes « sans voix » dépendra de la capacité des pouvoirs publics et des acteurs économiques à mettre en œuvre des solutions à la fois rapides et durables. L'alerte lancée aujourd'hui pourrait être le déclic nécessaire pour éviter que la promesse d'une génération ne se brise définitivement.