Le DEET est considéré comme la référence absolue en matière de répulsifs contre les moustiques. Son efficacité repose en grande partie sur une sensation d'inconfort que l'insecte cherche à fuir. Mais des travaux de recherche récents indiquent que certains moustiques peuvent surmonter cette aversion en apprenant à associer l'odeur du DEET à la nourriture.

Selon les scientifiques, cette capacité d'apprentissage pourrait réduire l'efficacité du produit, qui n'agirait alors plus comme un véritable répulsif mais deviendrait un signal associé à une source de repas. L'hypothèse est que les moustiques, après avoir été exposés à l'odeur du DEET en présence de nourriture, modifient leur comportement et cessent de l'éviter.

Un mécanisme d'apprentissage chez les moustiques

Les chercheurs ont montré que, contrairement à l'idée reçue selon laquelle l'aversion pour le DEET serait innée et irrépressible, les moustiques sont capables d'apprentissage associatif. En laboratoire, des spécimens ont été conditionnés à relier l'odeur du répulsif à une récompense alimentaire. Après plusieurs expositions, leur comportement d'évitement s'est affaibli, certains allant même jusqu'à se poser sur une surface traitée au DEET.

Cette découverte remet en question la compréhension classique du mode d'action du DEET. Jusqu'à présent, on estimait que son efficacité tenait à son caractère désagréable pour l'insecte. La nouvelle étude suggère que les moustiques peuvent apprendre à ignorer ce désagrément si celui-ci est régulièrement associé à une source de nourriture.

Implications pour la lutte antivectorielle

Les moustiques sont vecteurs de maladies graves telles que le paludisme, la dengue, le chikungunya ou le virus Zika. Le DEET est l'un des outils les plus utilisés pour se protéger des piqûres, notamment dans les régions tropicales. Si son efficacité peut être contournée par l'apprentissage, les stratégies de protection individuelle et de contrôle des populations de moustiques pourraient devoir être repensées.

Les experts appellent à multiplier les recherches sur les mécanismes d'apprentissage des moustiques et à développer des répulsifs dont l'action ne repose pas uniquement sur l'aversion olfactive. Des pistes comme les répulsifs agissant sur plusieurs canaux sensoriels ou ceux dont l'odeur est modifiée en permanence pour éviter l'accoutumance sont évoquées.

Un signal d'alarme pour la santé publique

Cette découverte intervient dans un contexte où la résistance aux insecticides chimiques est déjà un problème majeur. L'apprentissage comportemental pourrait constituer une forme supplémentaire de contournement des moyens de protection. Il ne s'agit pas d'une résistance physiologique, mais d'une adaptation comportementale qui pourrait rendre les répulsifs moins fiables sur le long terme.

Les autorités sanitaires et les fabricants de répulsifs sont invités à prendre en compte ce phénomène dans l'évaluation de l'efficacité des produits. Des études de terrain sont nécessaires pour mesurer l'ampleur réelle de ce comportement en conditions naturelles.