La Chine a renforcé ses outils de rétorsion contre les entreprises étrangères qui cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de son marché. Les nouvelles Réglementations sur la sécurité des chaînes industrielles et d'approvisionnement, adoptées en avril, donnent à Pékin la capacité d'infliger des amendes et d'exclure de ses chaînes d'approvisionnement les sociétés qui délocalisent leur production vers des pays comme le Vietnam ou l'Inde, ou qui rapatrient leurs activités dans leur pays d'origine.
Ces mesures entrent en vigueur alors que les tensions commerciales entre la Chine et l'Occident s'intensifient. En mars, le président américain Donald Trump a imposé de nouveaux droits de douane agressifs sur les produits chinois, accélérant le mouvement de fragmentation du commerce mondial en blocs antagonistes. L'Union européenne, de son côté, a publié en mars les détails de sa loi sur l'accélérateur industriel (IAA), qui vise à réduire les dépendances stratégiques vis-à-vis de la Chine et à contrer la concurrence déloyale de ses entreprises, souvent soutenues par d'importantes subventions publiques.
Un signal fort avec le blocage de l'acquisition de Manus
Le mois dernier, les autorités chinoises ont bloqué le rachat de la start-up d'intelligence artificielle Manus par Meta, d'un montant de 2 milliards de dollars (environ 1,7 milliard d'euros). Bien que Manus ait son siège à Singapour, ses racines sont chinoises et Pékin considère la société comme un actif stratégique dans la course mondiale à l'IA. Ce blocage, justifié par des motifs de sécurité nationale, a envoyé un signal clair : même les transactions structurées en dehors des frontières chinoises ne sont plus à l'abri.
Selon Rebecca Arcesati, analyste au Mercator Institute for China Studies (MERICS), ces nouvelles règles visent « à faire dérailler les mesures de désensibilisation que l'UE et ses États membres, dont l'Allemagne, ont prises pour réduire leur dépendance à la Chine ». Depuis la pandémie, Bruxelles et Washington ont multiplié les efforts pour rendre leurs chaînes d'approvisionnement plus résilientes et moins tributaires de la Chine. De nombreuses entreprises étrangères ont réduit leurs activités en Chine et certaines ont rapatrié leur production plus près de leurs marchés.
Les constructeurs automobiles allemands pris en tenaille
Cette guerre réglementaire met les multinationales dans une position de plus en plus difficile, en particulier les constructeurs automobiles allemands comme Volkswagen, BMW et Mercedes-Benz, qui cherchent à protéger leurs parts de marché substantielles en Chine. Les nouvelles règles chinoises pourraient les pénaliser s'ils se conforment aux contrôles à l'exportation ou aux sanctions des États-Unis et de l'Union européenne ciblant des entités chinoises.
Le durcissement de la réglementation chinoise intervient alors que l'Europe réagit aux importations massives de produits chinois à bas prix, notamment les véhicules électriques (VE), qui inondent le marché européen en raison des droits de douane américains. L'IAA, bien qu'elle ne mentionne pas explicitement la Chine, vise à réduire les dépendances stratégiques et à contrer la concurrence déloyale des rivaux chinois, qui bénéficient souvent d'importantes subventions publiques.
Un nouveau paradigme pour le commerce mondial
Les analystes estiment que ces évolutions marquent une accélération du passage de la mondialisation à un système commercial mondial plus fragmenté, basé sur des blocs. Les nouvelles règles chinoises constituent un outil supplémentaire pour dissuader les entreprises de s'éloigner de la Chine, alors que le pays cherche à préserver son rôle central dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. Les autorités chinoises peuvent désormais également cibler les entreprises qui délocalisent leur production vers des pays tiers comme le Vietnam ou l'Inde, en leur infligeant des amendes ou en les excluant de ses chaînes d'approvisionnement.
Pour l'Occident, la donne a changé. Les entreprises qui souhaitent réduire leur exposition à la Chine doivent désormais peser le risque de représailles directes de Pékin, dans un environnement où les règles du jeu commercial se durcissent de tous côtés.