Le pape Léon XIV a rendu publique lundi sa première encyclique, intitulée « Magnifica Humanitas » (Magnifique Humanité), un document de 42 300 mots adressé aux 1,4 milliard de catholiques dans le monde. Le texte, signé le 135e anniversaire de l’encyclique « Rerum Novarum » de Léon XIII – dont le pontife actuel a choisi le nom –, aborde frontalement les bouleversements attendus de l’intelligence artificielle.

Une distinction fondamentale entre l’IA et l’humain

L’un des messages centraux de l’encyclique est le refus d’assimiler l’intelligence artificielle à l’intelligence humaine. « Il faut éviter de tomber dans la méprise qui consisterait à assimiler ce type d’“intelligence” à celle des êtres humains », écrit le pape. Selon lui, les systèmes d’IA « se contentent d’imiter certaines fonctions de l’intelligence humaine », et même s’ils la surpassent parfois en rapidité et en capacité de calcul, leur puissance « reste entièrement liée au traitement de données ».

Le souverain pontife insiste sur ce qui manque fondamentalement aux machines : « Les prétendues intelligences artificielles ne vivent pas d’expériences, ne possèdent pas de corps, ne ressentent ni joie ni douleur, ne mûrissent pas à travers les relations et ne savent pas, de l’intérieur, ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié ou la responsabilité. »

Un outil prometteur mais à encadrer

Léon XIV reconnaît les potentialités de l’IA comme « outil précieux » dans de nombreux domaines. Il souligne toutefois que les avancées doivent rester au service de l’humanité et non l’inverse. Le document se veut une réflexion prospective alors que le monde se trouve, selon le pape, au seuil d’un âge technologique qui « remodèlera profondément la vie humaine ».

Un héritage de Léon XIII

En choisissant de signer son encyclique le jour anniversaire de « Rerum Novarum », le pape Léon XIV inscrit sa réflexion dans la continuité de son prédécesseur du XIXe siècle, qui avait abordé les questions du travail et de la justice sociale face à la révolution industrielle. Le nouveau document entend jouer un rôle comparable pour l’ère numérique.

Un document tourné vers l’avenir

Qualifié de « prospectif » par les observateurs, le texte du premier pape américain ne se limite pas à une mise en garde. Il appelle à une régulation éthique et à un développement de l’intelligence artificielle qui respecte la dignité humaine. L’encyclique, disponible sur le site du Vatican, constitue l’un des enseignements magistraux les plus attendus du pontificat.