Los Angeles, réputée pour son étalement urbain et son manque de piétonnisation, voit ses trottoirs envahis par une flotte croissante de robots livreurs. Si ces engins autonomes promettent de révolutionner la livraison de repas, leur présence suscite des réactions ambivalentes chez les résidents, qui oscillent entre pitié et rejet.

Selon les données publiées par les entreprises opérant dans la ville, la société Serve Robotics a déployé 500 robots dans quarante quartiers de Los Angeles, contre seulement deux quartiers en 2023. De son côté, Coco Robotics, fondée à l'Université de Californie à Los Angeles en 2020, dispose d'environ 300 robots dans la ville et prévoit d'étendre ses opérations. Ces engins, qui ressemblent à des boîtes sur roues, se déplacent à vive allure sur les trottoirs, slalomant entre les piétons et les terrasses de bars pour livrer smoothies et salades.

Un paysage urbain transformé

L'arrivée massive de ces robots s'ajoute à la présence déjà bien visible des véhicules autonomes Waymo, bardés de capteurs, qui sillonnent les rues de Los Angeles. Pour les habitants, cette multiplication d'engins motorisés sur les trottoirs et les chaussées constitue une nouvelle source de frustration dans une région où la marche à pied est déjà difficile. « On les plaint et on les déteste à la fois », résume un résident, illustrant le sentiment partagé par beaucoup.

Les robots, souvent colorés (rose pour Coco, par exemple), sont équipés de drapeaux orange pour être visibles. Mais leur vitesse et leur circulation imprévisible peuvent surprendre les piétons, notamment les personnes âgées ou les parents avec poussettes. Certains habitants craignent également que ces engins n'empiètent sur les espaces publics déjà saturés et ne réduisent encore la place accordée aux piétons.

Une expansion rapide

La progression est fulgurante : en trois ans, Serve Robotics est passé de quelques robots à une flotte de 500 unités couvrant quarante quartiers. Coco Robotics, plus récent, suit la même tendance. Les deux entreprises bénéficient de la demande croissante en livraison rapide de nourriture et de boissons, et misent sur l'autonomie de leurs robots pour réduire les coûts et les délais. Los Angeles, avec son vaste territoire et sa culture de la voiture, offre un terrain d'expérimentation idéal pour ces technologies.

Réactions mitigées

Au-delà de la gêne pratique, une forme de compassion émerge chez certains résidents, qui perçoivent les robots comme des êtres vulnérables ou maladroits. D'autres, en revanche, expriment leur exaspération face à ce qu'ils considèrent comme une privatisation de l'espace public au profit d'intérêts commerciaux. Des incidents mineurs – robots bloquant des passages ou heurtant des obstacles – alimentent les critiques sur les réseaux sociaux.

Les autorités locales n'ont pas encore pris de mesures restrictives, mais le débat s'intensifie à mesure que les flottes s'agrandissent. Les entreprises, de leur côté, assurent que leurs robots sont conçus pour coexister avec les piétons et qu'ils contribuent à réduire l'empreinte carbone des livraisons en remplaçant les trajets en voiture.

Quel avenir pour les trottoirs de Los Angeles ?

Avec l'expansion annoncée de ces services, la question de la régulation de l'espace public devient centrale. Los Angeles, souvent citée comme une ville peu adaptée à la marche, pourrait voir ses trottoirs devenir un champ de bataille entre piétons, voitures, trottinettes, vélos et robots. Pour l'heure, les habitants doivent s'habituer à partager leurs déplacements quotidiens avec ces nouveaux venus silencieux et obstinés.