Les visages féminins sont perçus comme plus attirants que les visages masculins, et ce constat est valable quel que soit le sexe de la personne qui évalue, selon une étude internationale de grande ampleur. Les résultats, issus de la compilation de 52 travaux menés dans 76 pays, constituent la plus grande base de données jamais réunie sur l’attractivité faciale. Ils mettent en lumière un phénomène baptisé « écart d’attractivité entre les sexes » (gender attractiveness gap).

Ce biais favorable aux femmes traverse les cultures et les époques, confirment les chercheurs. Il se reflète dans le langage courant, où les femmes sont souvent qualifiées de « sexe faible » mais aussi de « beau sexe », en français comme dans d’autres langues. L’étude montre que cet avantage n’est pas seulement le fait des hommes : les femmes attribuent en moyenne les notes les plus élevées à d’autres femmes, et les notes les plus basses aux hommes.

Un effet qui s’estompe avec l’âge

L’un des résultats les plus frappants est que l’écart d’attractivité se réduit progressivement avec l’âge. Alors qu’il est très marqué chez les jeunes adultes, il tend à s’amoindrir au fil des décennies, pour quasiment disparaître chez les personnes de plus de 80 ans. Les chercheurs avancent que ce phénomène pourrait être lié à des changements hormonaux ou à des normes sociales qui atténuent les différences perçues.

« C’est un effet extrêmement robuste, et on le retrouve dans toutes les cultures. Les visages féminins sont évalués comme plus attirants que les visages masculins, indépendamment de tous les autres facteurs », explique le Dr Eugen Wassiliwizky, chercheur à l’Institut Max-Planck d’esthétique empirique en Allemagne. « Ce qui est le plus surprenant, c’est que les femmes donnent les notes les plus élevées à d’autres femmes et les plus faibles aux hommes. »

Un paradoxe darwinien

Les résultats entrent en résonance avec une observation faite par Charles Darwin, le père de la théorie de l’évolution. Le naturaliste avait noté que, chez la plupart des espèces animales, ce sont les mâles qui arborent les attributs les plus voyants – crinières, plumages colorés – afin de séduire les femelles. Il s’agissait pour Darwin d’un produit de la sélection sexuelle.

Mais pour l’espèce humaine, Darwin estimait que la tendance était inversée : au lieu que ce soient les préférences des femmes qui guident la sélection, il pensait que les hommes se disputaient les femmes les plus désirables, ou utilisaient leur richesse pour attirer les partenaires. L’étude contemporaine suggère que la perception de l’attractivité demeure biaisée en faveur des femmes, indépendamment de ces mécanismes.

Implications et limites

Les chercheurs soulignent que ces résultats ne signifient pas que les hommes sont intrinsèquement moins attirants, mais que la perception sociale de l’attractivité est fortement influencée par des facteurs culturels et peut-être biologiques. L’étude ne précise pas si cet écart a des conséquences concrètes dans la vie quotidienne, comme les discriminations ou les inégalités de traitement.

L’équipe de l’Institut Max-Planck d’esthétique empirique indique que ces travaux ouvrent la voie à de nouvelles recherches sur les mécanismes neuronaux et sociaux qui sous-tendent l’évaluation de l’attractivité. Les données collectées pourraient également servir à affiner les modèles de reconnaissance faciale ou à comprendre les biais dans les algorithmes.