La question de l'identité nationale suscite des clivages profonds au sein de la gauche française, comme en témoignent les formules utilisées par deux de ses figures majeures. D'un côté, Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, évoque une « nouvelle France », concept qui renvoie à une vision universaliste et républicaine, ouverte sur le monde. De l'autre, Raphaël Glucksmann, député européen et figure de Place publique, prône une « fierté française » qui se veut patriotique et ancrée dans l'histoire.
Ces deux approches reflètent des conceptions différentes de la nation et de l'appartenance. Pour Mélenchon, la « nouvelle France » est celle des quartiers populaires, des sans-papiers régularisés et des peuples opprimés, une France métissée et solidaire. Pour Glucksmann, la « fierté française » s'appuie sur les valeurs républicaines et la laïcité, mais aussi sur la défense d'un héritage culturel et historique menacé par le communautarisme et le populisme.
Ce fossé n'est pas nouveau, mais il s'est accentué à l'approche des échéances électorales. Les sondages montrent que les électeurs de gauche sont partagés entre ces deux visions. L'expression « fierté française » a notamment été critiquée par certains militants insoumis, qui y voient une concession au discours identitaire de la droite. En retour, les proches de Glucksmann accusent Mélenchon de renier l'héritage républicain au profit d'un multiculturalisme anglo-saxon.
Ce débat dépasse les simples mots : il engage des options stratégiques pour l'avenir de la gauche. La question de l'identité nationale, longtemps abandonnée à l'extrême droite, devient un terrain de lutte interne. Alors que le pays fait face à des crises multiples, la gauche peine à trouver une ligne commune sur ce sujet sensible. Les prochains mois diront si ce clivage peut être surmonté ou s'il conduira à une fragmentation durable.