Une barque à moteur file entre les îles de l'archipel de Bahia Málaga, sur la côte Pacifique colombienne. À son bord, sept femmes de tous âges se protègent du soleil ardent avec des feuilles de bananier. « C'est la marée qui dicte notre heure de départ, explique Flor Murillo, l'une d'elles. Il faut attendre qu'elle soit assez basse pour nous permettre d'entrer dans la mangrove. » C'est dans ces forêts côtières que les pêcheuses de l'association locale Raíces Piangüeras ramassent la piangüa negra, un coquillage qui se niche dans les racines des palétuviers. Cette activité fait vivre environ 11 300 femmes et leurs familles dans le pays. Leur subsistance dépend directement des mangroves, qui jouent par ailleurs un rôle environnemental majeur à l'échelle du globe. La Colombie compte neuf espèces de palétuviers. Pendant cinq heures d'affilée, les membres de l'association Raíces Piangüeras travaillent dans un environnement hostile, les mains dans la vase, perpétuant un savoir ancestral. Elles luttent également pour protéger ce coquillage menacé par la surexploitation.