Séoul — Alors que les tensions géopolitiques autour de l'Iran suscitent des inquiétudes sur l'économie mondiale, le gouverneur de la Banque de Corée a livré une analyse nuancée : l'essor fulgurant de l'intelligence artificielle (IA) et des semi-conducteurs constitue un moteur suffisamment puissant pour contrebalancer les éventuels chocs économiques liés à un conflit.

S'exprimant dans le cadre d'une intervention publique, le responsable de l'institution monétaire a reconnu que les risques géopolitiques, en particulier tout embrasement dans la région iranienne, pèsent sur les perspectives de croissance. Il a notamment évoqué la volatilité des prix de l'énergie et les perturbations des chaînes d'approvisionnement comme des sources d'incertitude pour l'économie sud-coréenne, fortement dépendante des importations de matières premières.

L'IA comme bouclier conjoncturel

Cependant, le gouverneur a estimé que l'impact actuel de la demande mondiale d'IA et de puces électroniques est d'une ampleur telle qu'il « surpasse » les douleurs infligées par le conflit. « Le boom de l'IA est plus fort que la douleur iranienne », a-t-il déclaré, soulignant que les commandes de semi-conducteurs, portées par l'essor des centres de données, des applications d'IA générative et de l'électronique grand public, maintiennent un niveau de soutien inattendu pour l'économie exportatrice sud-coréenne.

La Corée du Sud abrite deux des plus grands fabricants de semi-conducteurs au monde, Samsung Electronics et SK Hynix, dont les bénéfices ont explosé grâce à la demande de mémoires à haute bande passante (HBM) utilisées dans les accélérateurs d'IA de Nvidia. Cette dynamique a permis au pays d'enregistrer une croissance de ses exportations bien supérieure aux prévisions initiales pour le premier semestre 2025.

Une prudence de mise malgré tout

Si le ton est résolument optimiste concernant la filière technologique, le gouverneur n'a pas minimisé les vulnérabilités. Il a souligné que l'institution monétaire reste vigilante quant à une escalade du conflit au Moyen-Orient, qui pourrait faire flamber les prix du pétrole et impacter l'inflation, contraignant la banque centrale à ajuster sa politique monétaire.

Il a également noté que la dépendance excessive de l'économie sud-coréenne à un seul secteur — les semi-conducteurs — expose le pays à un risque de concentration. Un retournement de cycle dans l'industrie technologique pourrait avoir des conséquences disproportionnées, d'autant que l'économie intérieure montre des signes de ralentissement de la consommation.

Réactions contrastées sur les marchés

Les déclarations du gouverneur interviennent alors que les investisseurs internationaux surveillent de près l'évolution des négociations sur le programme nucléaire iranien, où les positions des ultra-conservateurs iraniens se durcissent. En Asie, les Bourses ont oscillé entre espoir pour le secteur de l'IA et prudence face au pétrole, tandis que le won sud-coréen s'est affaibli face au dollar.

Pour les analystes, ce message de la Banque de Corée suggère que l'institution pourrait maintenir une politique accommodante plus longtemps que prévu si le secteur technologique continue de tirer la croissance, même en cas de tensions géopolitiques modérées. Toutefois, un conflit ouvert en Iran reste, selon eux, le « cygne noir » qui pourrait briser cet équilibre.