Un glacier disparu, des écosystèmes menacés

En mars 2026, le glacier Cerros de la Plaza a officiellement disparu en Colombie. Il ne reste plus que six glaciers dans le pays, contre quatorze au début du XXe siècle. Sous la glace, ce sont les paramos, ces zones humides andines situées entre 3 000 et 5 000 mètres d'altitude, qui se trouvent désormais en première ligne face au réchauffement climatique et aux activités humaines.

Dans le paramo de Sumapaz, près de Bogota, le plus grand du monde, un petit groupe suit Luis Rodriguez, botaniste bénévole de l'ONG Cumbres Blancas (« cimes blanches »). Chapeau sur la tête, il prélève avec précaution des graines, des fleurs et des feuilles de frailejones, ces plantes andines aux longues feuilles veloutées qui tapissent le paramo. « Ces plantes sont magnifiques et essentielles à notre survie. Mais le paramo se perd peu à peu. Alors l'objectif, c'est de propager ces graines pour récupérer le couvert végétal naturel », explique-t-il. Ses récoltes devront sécher avant d'être répliquées en pépinière, puis replantées.

Le rôle vital des frailejones

Les frailejones sont la plante caractéristique de cet écosystème. Leurs feuilles en forme de lance capturent l'humidité ambiante et la stockent avant de la libérer progressivement, jouant un rôle central dans le cycle de l'eau. « Il s'agit de la plante caractéristique de ce milieu naturel. Elle est essentielle au cycle de l'eau et dans la lutte contre le réchauffement climatique », explique Yober Arias, cofondateur de Cumbres Blancas. « Mais elle est en danger, parce que les paramos subissent de multiples pressions. »

Parmi ces pressions, des incendies intentionnels, l'exploitation minière illégale, l'élevage extensif, les cultures de pommes de terre, de fraises et d'oignons qui grignotent chaque mois des hectares supplémentaires. « Pendant longtemps, les habitants de ce milieu naturel ne voyaient pas l'utilité des frailejones. Pire, ils avaient peur que leur présence fasse de leur propriété un territoire protégé par l'État sur lequel ils ne pourraient plus cultiver, alors ils les brûlaient », raconte Yober Arias. En Colombie, sur les 94 espèces de frailejones recensées, 55 sont menacées, dont 15 en danger critique de disparition.

Des paramos essentiels à l'eau du pays

Les paramos jouent un rôle vital dans le maintien des glaciers tropicaux et, en Colombie, jusqu'à 80 % de la population dépend de leurs eaux. Bien que la Colombie abrite la plus grande étendue de paramos au monde, la majorité d'entre eux reste dépourvue de protection juridique effective face à l'avancée de la frontière agricole.

L'ONG Cumbres Blancas, fondée par Marcela Fernandez en 2019, s'est d'abord attaquée à la défense des glaciers avant de comprendre que tout tenait à un équilibre plus large. « En travaillant à la sauvegarde des glaciers tropicaux, nous avons réalisé que tout ce que nous faisions dans les paramos en dessous avait un effet direct. C'est comme un seul et même corps, on ne peut pas dissocier la tête du reste », illustre Yober Arias. Aujourd'hui, l'ONG se concentre sur la replantation d'espèces natives des paramos, la sensibilisation des communautés locales et la promotion de modèles agricoles moins destructeurs pour ces zones tampons encore mal protégées.

Un constat pour l'action

« Si c'est sûrement trop tard pour les glaciers, il est encore temps d'agir pour les paramos », lance Yober Arias en avançant d'un pas ferme dans les hautes herbes. Luis Rodriguez s'arrête devant un frailejon de plus de deux mètres, ce qui indique un âge d'environ un siècle. Il sort son téléphone pour filmer. Sur ses réseaux sociaux, il documente ses expéditions pour sensibiliser à la disparition silencieuse de cette plante emblématique. Les communautés rurales, qui vivent ici depuis des générations, redoutent elles aussi de voir cet écosystème disparaître.