Près d’une fille sur cinq au Royaume-Uni est confrontée à la réception persistante d’images non désirées en ligne, selon une enquête de l’association caritative Barnardo’s. L’organisation met en garde contre la banalisation de la misogynie numérique, qui deviendrait un élément ordinaire de l’enfance.

Le sondage, réalisé auprès de 4 000 jeunes âgés de 13 à 20 ans, révèle qu’un quart des filles ont été insultées avec des termes dégradants sur internet. Un septième des adolescentes de 13 à 15 ans déclarent avoir été invitées à envoyer une photo dénudée. Par ailleurs, un quart de l’ensemble des participants affirment avoir vu une photo intime qui avait été initialement partagée de manière privée, puis diffusée sans consentement.

Lynn Perry, directrice générale de Barnardo’s, estime que ces résultats montrent que les abus en ligne font « partie intégrante du bruit de fond de la croissance ». « Ces constats illustrent à quel point ce phénomène est constant, corrosif et profondément ancré dans la vie des jeunes d’aujourd’hui, à la fois en ligne et hors ligne », a-t-elle déclaré. « Les jeunes nous disent que les conséquences sont néfastes de tous les côtés, allant de l’humiliation et des abus sexualisés à des sentiments de honte et d’isolement. »

Des chiffres inquiétants sur la normalisation des abus

L’enquête met en lumière une exposition précoce et massive à des contenus sexualisés non sollicités. Alors que les filles sont les premières cibles, les garçons ne sont pas épargnés : plus de la moitié des garçons interrogés ont également été confrontés à des images intimes non désirées ou à des demandes de photos, selon les données recueillies (bien que l’étude précise que les filles subissent ces situations de manière plus systématique et avec des conséquences plus graves).

Ces chiffres interviennent dans un contexte où les autorités britanniques renforcent la réglementation applicable aux entreprises technologiques en matière d’abus liés aux images intimes. Le gouvernement a récemment annoncé des mesures visant à responsabiliser davantage les plateformes numériques face à la propagation non consentie de clichés privés.

Un appel à une action collective

Pour Lynn Perry, les résultats du sondage constituent un signal d’alarme. « Il est urgent que les décideurs politiques, les entreprises technologiques et la société dans son ensemble travaillent ensemble pour protéger les enfants et les jeunes de ces violences normalisées », a-t-elle ajouté. Barnardo’s appelle à une meilleure éducation au numérique, à des sanctions plus fermes contre les contrevenants et à un engagement des plateformes pour supprimer rapidement les contenus abusifs.

L’association souligne que les jeunes victimes se retrouvent souvent piégées dans un cycle de honte et d’isolement, hésitant à signaler les faits par crainte de représailles ou de stigmatisation. Les témoignages recueillis dans le cadre de l’enquête montrent que beaucoup considèrent ces sollicitations comme inévitables, voire normales.

Vers une prise de conscience accrue

Cette enquête paraît alors que le débat sur la sécurité en ligne des mineurs s’intensifie au Royaume-Uni. Plusieurs associations de protection de l’enfance réclament une application plus stricte du Online Safety Act, la loi britannique sur la sécurité en ligne, afin de mieux encadrer les contenus sexuels non consentis. Barnardo’s espère que ces nouveaux chiffres inciteront les pouvoirs publics à agir sans délai pour endiguer un phénomène qui touche des centaines de milliers de jeunes chaque année.

L’étude complète doit être publiée prochainement par l’association, qui promet d’en détailler les résultats par tranche d’âge et par genre, afin d’affiner les réponses à apporter.