Des volcans sous-marins capables d’éruptions explosives

Les plus vastes volcans de la planète, tapis dans les chaînes de montagnes sous les océans, sont généralement considérés comme des éruptions lentes et discrètes. Une récente expédition scientifique menée en 2024 dans les eaux islandaises a pourtant révélé une tout autre réalité : ces édifices peuvent parfois produire des explosions dévastatrices.

En juin 2024, une équipe de chercheurs embarquée à bord du navire océanographique Meteor a quitté Reykjavik pour explorer un bassin profond inexploré, parsemé de formes volcaniques. L’expédition, baptisée M201, avait pour objectif de collecter des profils sismiques du sous-sol marin, d’imager les fonds océaniques et de prélever des échantillons de roches. À une centaine de kilomètres du port, alors que les scientifiques testaient leurs instruments géophysiques dans des eaux peu profondes, les premières images sismiques ont révélé une structure inattendue.

La découverte de Jonas Preine

Jonas Preine, jeune docteur de l’université de Hambourg, a été le premier à remarquer l’anomalie sur l’écran de son ordinateur. Les données montraient des signes d’éruptions explosives dans une zone où l’on n’attendait qu’un volcanisme effusif, typique des dorsales médio-océaniques. Cette observation remet en cause le paradigme selon lequel ces volcans sous-marins ne produisent que des coulées de lave lentes et silencieuses.

Des îles mystérieuses dans l’histoire

Les chercheurs établissent un parallèle avec des récits anciens d’îles surgissant brutalement à la surface des océans avant de disparaître tout aussi vite. Ces phénomènes, souvent considérés comme des légendes, pourraient correspondre à des éruptions explosives de volcans sous-marins qui édifient temporairement des îles de cendres et de débris avant que les vagues ne les érodent. L’étude de la zone islandaise pourrait donc éclairer ces événements historiques restés longtemps inexpliqués.

Implications pour la compréhension des risques

Bien que ces volcans soient généralement lents, l’expédition M201 démontre que leur potentiel destructeur a été sous-estimé. Les scientifiques espèrent que ces nouvelles données permettront de mieux évaluer les risques pour les infrastructures sous-marines, les câbles de communication et les zones côtières. Les analyses des échantillons et des profils sismiques sont encore en cours, mais les premières conclusions suggèrent que les dorsales océaniques pourraient connaître des épisodes explosifs bien plus fréquents qu’on ne le pensait.

Des instruments de pointe pour une exploration minutieuse

L’équipe a utilisé une panoplie d’outils : géophones pour enregistrer les ondes sismiques, caméras haute résolution pour cartographier le fond, et carottiers pour extraire des sédiments et des laves. Ces technologies ont permis de détecter des couches de téphras – des fragments de roche projetés par une explosion – là où la lave aurait dû dominer. Cette signature chimique et physique confirme le caractère explosif de certaines éruptions passées.

Une fenêtre sur le passé et l’avenir

Les résultats obtenus près de l’Islande, région volcanique active tant sous l’eau qu’à terre, offrent une occasion unique de comprendre les mécanismes déclencheurs de ces explosions. Les chercheurs espèrent étendre leurs investigations à d’autres dorsales océaniques, notamment dans le Pacifique, pour vérifier si ce comportement est généralisé. En attendant, les images sismiques recueillies lors de l’expédition continuent de révéler des surprises, transformant notre vision des profondeurs marines.