L’alerte du chef de l’OMS
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a mis en garde contre ce qu’il qualifie de «collision catastrophique» entre la propagation du virus Ebola et l’escalade des violences armées dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Selon lui, les combats actifs dans plusieurs zones du Nord-Kivu et de l’Ituri entravent directement les efforts des équipes médicales pour contenir la flambée épidémique.
Des violences qui entravent la riposte
L’est de la RDC est en proie à des décennies de conflits impliquant des dizaines de groupes armés. L’actuelle épidémie d’Ebola, déclarée officiellement le 1er août 2018, est la dixième à frapper le pays et la plus grave jamais enregistrée dans la région. M. Tedros a souligné que «les attaques contre les centres de traitement, les professionnels de santé et les civils» sont devenues monnaie courante. Il a cité le récent assassinat d’un travailleur humanitaire dans la région de Beni, ainsi que des incendies criminels visant des installations médicales. Les violences obligent régulièrement les équipes de l’OMS et de ses partenaires à suspendre leurs activités de vaccination, de traçage des contacts ou de sensibilisation.
Le risque d’une propagation hors de contrôle
L’OMS redoute que cette situation ne permette au virus de continuer à circuler de manière incontrôlée, augmentant le risque d’extension aux grandes villes et aux pays voisins. Le Rwanda, l’Ouganda et le Soudan du Sud sont déjà en état d’alerte, avec des postes de contrôle sanitaire aux frontières. Plus de 2 000 cas ont été recensés depuis le début de l’épidémie, et plus de 1 400 personnes en sont mortes. Les autorités sanitaires congolaises et l’OMS peinent à vacciner suffisamment de personnes dans les zones de conflit, où les populations déplacées sont nombreuses et la méfiance envers les soignants reste forte.
Un appel à la communauté internationale
M. Tedros a appelé les parties prenantes au conflit à «cesser les hostilités» le temps que la réponse sanitaire puisse se déployer. Il a également exhorté la communauté internationale à renforcer son soutien financier et logistique, alors que l’OMS et ses partenaires manquent de fonds pour maintenir les opérations à long terme. Il a insisté sur le fait que «ne pas agir maintenant pourrait transformer une épidémie locale en une crise régionale». La RDC a déjà démontré sa capacité à endiguer Ebola par le passé, mais la combinaison actuelle de violences, de déplacements de population et de défiance rend la tâche «plus complexe que jamais».
Perspectives
Plusieurs organisations humanitaires, dont Médecins sans frontières et la Croix-Rouge, ont confirmé qu’elles devaient régulièrement réduire leurs activités par mesure de sécurité. Un cessez-le-feu local, négocié en début d’année, n’a pas tenu. L’OMS estime que si la tendance actuelle se poursuit, l’épidémie pourrait durer encore de nombreux mois. Pour les habitants des zones touchées, la double menace de la maladie et des balles rend la vie quotidienne intenable, et les appels à une intervention plus robuste de l’État et des Nations unies se multiplient.