Sébastien Lecornu, Premier ministre, a longtemps cultivé une discrétion qui lui valait le surnom de « Monsieur no com » dans les allées du pouvoir. Mais les crises successives qui secouent le pays l’ont contraint à une mise en lumière inédite. Il a ainsi tenu une conférence de presse entouré de ses ministres, adoptant un ton pédagogique et déclarant vouloir « dire la vérité aux Français », une méthode qui évoque celle d’Édouard Philippe lors de la pandémie de Covid-19.
Un style qui change Ce virage communicationnel marque une rupture nette avec ses habitudes. Jusqu’alors, Lecornu préférait l’ombre et les coulisses du pouvoir, laissant ses ministres occuper le devant de la scène. Désormais, il endosse le rôle de gardien de l’État, alors que la campagne présidentielle s’annonce agitée. « Il ne sachant pas tout », a-t-il admis, tout en promettant une transparence totale sur la gestion des crises.
Deux lectures possibles Ce changement de posture peut être interprété de deux manières. D’un côté, il pourrait annoncer de nouvelles ambitions personnelles, à l’image de son prédécesseur Édouard Philippe, qui avait utilisé la gestion de la crise sanitaire pour asseoir sa popularité. De l’autre, il pourrait simplement refléter la gravité des situations auxquelles il doit faire face. Selon des observateurs, c’est ce second scénario qui l’emporte : le Premier ministre se concentre sur la gestion des crises et le maintien de l’autorité de l’État.
Crises multiples Les dossiers brûlants ne manquent pas. Au Moyen-Orient, Lecornu a préparé les esprits à une crise longue, anticipant des tensions durables. En Nouvelle-Calédonie, il est parvenu à faire adopter une ouverture du corps électoral à quelques semaines du scrutin provincial, une réforme sensible qui a mobilisé son sens de la négociation. Ces deux exemples illustrent sa capacité à naviguer dans des turbulences géopolitiques et institutionnelles.
Un gardien de l’État en campagne Alors que la campagne présidentielle bat son plein, certains y voient une stratégie pour exister médiatiquement sans entrer dans le jeu partisan. Le chef du gouvernement entend apparaître au-dessus de la mêlée, garant de la continuité de l’État face aux crises. Reste à savoir si cette exposition forcée servira à long terme sa carrière politique ou si elle restera le simple reflet des circonstances exceptionnelles que traverse le pays.