Un an après le passage d’Opella, ex-filiale santé grand public de Sanofi, sous le contrôle du fonds américain CD&R, sa PDG France, Ségolène de Marsac, assure que les engagements pris envers l’État ont été respectés. Dans un entretien accordé à l’occasion du 60e anniversaire du site de Compiègne (Oise), la dirigeante revient sur les investissements réalisés, la stratégie de diversification du portefeuille et les négociations en cours avec l’exécutif sur le prix du paracétamol.

Des investissements industriels tenus

« Nous avons respecté nos engagements auprès de l’État en termes de production et d’investissements industriels », affirme Ségolène de Marsac. Concrètement, une enveloppe de 40 millions d’euros a été déployée sur les années 2024 et 2025. Sur ce total, 25 millions d’euros ont été consacrés au site de Lisieux (Calvados), entièrement dédié au Doliprane, permettant d’en augmenter la production de 40 % dès 2026. Les 15 millions restants ont été investis à Compiègne pour la construction d’une digue de protection contre les crues et l’installation de panneaux solaires couvrant 8 % des besoins en électricité du site. Par ailleurs, une nouvelle ligne de granulation, fruit d’un investissement de 8 millions d’euros antérieurement annoncé, vient d’y être inaugurée.

Sanofi a conservé 48,2 % du capital d’Opella, tandis que Bpifrance est entré à hauteur de 1,8 %. Les actionnaires « travaillent ensemble pour construire une entreprise solide et durablement ancrée en France », insiste la dirigeante.

La place de la France dans la stratégie mondiale

Avec 9 % du chiffre d’affaires global du groupe (5 milliards d’euros), la France constitue le deuxième marché d’Opella, derrière les États-Unis. Le pays emploie 1 700 collaborateurs répartis sur deux usines – Lisieux et Compiègne –, sur les treize sites mondiaux. Le Doliprane, commercialisé à 98 % sur le marché hexagonal, représente 70 % des ventes françaises. Mais Ségolène de Marsac veut réduire cette dépendance : « Nous ne pouvons pas nous concentrer que sur le Doliprane. Ma stratégie est de rendre notre portefeuille moins dépendant des maux d’hiver et des effets de saisonnalité. »

Le groupe mise sur d’autres segments comme la digestion, le stress, les allergies ou le sommeil. L’antiallergique Allervi a ainsi gagné 3 points de part de marché depuis début 2026, pour atteindre environ 10 %. « Seul un Français sur deux a le réflexe d’aller en pharmacie pour se soigner avec des traitements de premier recours dès l’apparition de symptômes, cela représente une belle opportunité de croissance », souligne-t-elle.

Innovation et services aux pharmaciens

Opella mise sur l’innovation galénique pour étoffer son offre. En 2025 ont été lancés de nouveaux goûts pour Lysopaïne (maux de gorge) et Phytoxil (toux), ainsi qu’un complément alimentaire à base de mélatonine, Nuit Complète. Par ailleurs, la plateforme de services Opella +, déployée en septembre 2025, aide les pharmaciens dans leur gestion administrative et la prise en charge des patients. Quelque 15 000 officines s’y sont déjà connectées.

La dirigeante se félicite du soutien de l’actionnaire : « Il nous apporte une vision stratégique orientée vers la croissance. Il est prêt à nous donner les moyens de nos ambitions. »

Négociations tendues sur le prix du paracétamol

Le groupe reste confronté au dossier épineux du prix du Doliprane en France. Un moratoire sur les baisses du prix du paracétamol, mis en place en 2020 et prolongé à deux reprises, doit expirer fin 2026. Des discussions sont en cours avec l’État. « Notre position n’a pas changé et elle est même plus forte qu’avant. Nous avons besoin que le fait d’… » (la suite de la phrase n’a pas été communiquée dans le cadre de l’entretien). Ségolène de Marsac insiste sur la nécessité de préserver la rentabilité pour continuer à investir en France et garantir l’approvisionnement.

Un premier bilan contrasté

Si la dirigeante se montre confiante sur le respect des engagements industriels, l’enjeu du prix du Doliprane reste central pour la pérennité du site historique. La diversification du portefeuille et le développement de l’automédication constituent les axes stratégiques pour réduire la dépendance au paracétamol, dans un marché où Opella se positionne déjà comme leader en France.