La course au Sénat des États-Unis au Texas s’annonce comme l’une des plus agressives de l’année, après la large victoire du procureur général républicain Ken Paxton face au sortant John Cornyn, avec près de 28 points d’écart. Paxton, figure de proue du mouvement MAGA, affrontera en novembre le représentant démocrate James Talarico, un pasteur presbytérien en devenir âgé de 37 ans.
Alors que le président Donald Trump a accordé son soutien de dernière minute à Paxton, les analystes estiment que le ticket républicain pourrait donner aux démocrates une chance inédite de remporter un mandat fédéral dans cet État solidement conservateur. Mais la campagne qui s’ouvre promet d’être « hideuse », selon une observatrice, tant les deux candidats incarnent des caricatures de leurs partis respectifs.
L’ascension de Ken Paxton, héros de la droite dure
Ken Paxton, connu pour ses multiples procès contre les administrations Obama et Biden ainsi que pour avoir tenté d’invalider les résultats de l’élection présidentielle de 2020, bénéficie d’une solide base militante. Un profil qui rappelle celui de Donald Trump : tous deux ont été inculpés (Paxton pour fraude en valeurs mobilières, charges abandonnées après des travaux d’intérêt général et un cours d’éthique), tous deux ont été destitués par leur Chambre basse avant d’être acquittés par leur Sénat, et tous deux ont été accusés d’infidélité (son épouse Angela a engagé une procédure de divorce pour « motifs bibliques »).
James Talarico, le populiste chrétien
Face à lui, James Talarico tente d’incarner un populisme économique teinté de foi, avec un message sur l’amour triomphant de la haine et la lutte contre les milliardaires. Mais ses positions publiques passées lui valent d’être qualifié de « bizarre » par ses adversaires. En 2021, il a déclaré que « Dieu est non-binaire », affirmé qu’il existe six sexes biologiques et justifié son soutien à l’avortement en invoquant le consentement de Marie lors de l’Annonciation. En 2022, il avait promis de mener une « campagne sans viande », une position risquée dans l’élevage texan.
Face aux critiques, Talarico a récemment nuancé ses propos : « Je sais qu’il y a deux sexes, homme et femme. Je sais aussi qu’il y a un très faible pourcentage de personnes présentant des anomalies chromosomiques, et je crois qu’elles méritent d’être traitées avec dignité et respect », a-t-il déclaré, ajoutant regretter « certaines déclarations ». Son équipe diffuse désormais une photo du candidat dévorant une cuisse de dinde à la foire de l’État.
Une guerre d’attaques tous azimuts
Les deux partis préparent une déferlante de publicités négatives. Les démocrates entendent marteler les scandales de Paxton et les échecs de trente ans de gouvernance républicaine au Texas. « Si quelque chose ne va pas, ce sont eux qui l’ont cassé », résume un stratège démocrate local. Les républicains, de leur côté, ont déjà adopté les surnoms proposés par Paxton : « Tala-freako » et « Low-T Talarico ». Le conseiller de Trump, Stephen Miller, a également relayé ces attaques sur les réseaux sociaux.
Le scrutin de novembre s’annonce serré, les deux camps disposant d’abondantes munitions. Comme le résume une électrice républicaine de Dallas à propos de Paxton : il ramène la masculinité au sein du parti, telle « Bambi avec ses immenses bois ». Les cinq prochains mois risquent d’être d’une rare violence politique.