Le programme Starship de SpaceX franchit une nouvelle étape. La version V3 de l’immense lanceur, qualifiée de fusée la plus puissante de l’histoire, est sur le point de décoller depuis les installations de la société à Boca Chica, au Texas. Ce premier vol d’essai doit permettre de valider les performances du nouveau moteur Raptor 3 et la capacité du véhicule à atteindre l’orbite.
Des performances inédites
Le Starship V3 se distingue par des caractéristiques techniques sans précédent. Selon les informations disponibles, le lanceur développe environ 5 000 tonnes de poussée au décollage, soit près du double de la version précédente. Cette puissance est rendue possible par l’utilisation de 33 moteurs Raptor 3 sur le premier étage, baptisé Super Heavy. Ces moteurs ont été modifiés pour offrir une meilleure fiabilité et une poussée unitaire accrue par rapport aux versions antérieures. L’étage supérieur, le Starship proprement dit, est également équipé de six moteurs Raptor, dont trois optimisés pour le vide spatial.
Un véhicule aux ambitions multiples
Le Starship a été conçu pour être entièrement réutilisable, une caractéristique clé pour réduire les coûts d’accès à l’espace. La version V3 est également destinée à servir de vaisseau pour les missions vers la Lune et, à terme, vers Mars. La NASA a déjà sélectionné une version dérivée du Starship pour l’atterrisseur lunaire de sa mission Artemis III, qui doit ramener des humains sur la Lune. Par ailleurs, SpaceX prévoit d’utiliser ce lanceur pour déployer de très grandes constellations de satellites, notamment la deuxième génération de son réseau Starlink.
Un programme marqué par des essais et des explosions
Les précédentes tentatives de vol du Starship se sont soldées par des explosions en vol ou lors de l’atterrissage. Les deux premiers vols d’essai, en 2023 et au début 2024, ont chacun vu le véhicule se désintégrer avant la fin de la mission. Le troisième vol, en mars 2024, a permis d’atteindre l’orbite pour la première fois, mais l’étage supérieur a été perdu lors de la rentrée atmosphérique. Le quatrième vol, en juin 2024, a été le plus réussi à ce jour, avec un amerrissage contrôlé du Starship dans l’océan Indien et un atterrissage simulé du Super Heavy. Ces incidents ont conduit SpaceX à modifier la conception du lanceur, notamment en renforçant la structure et en améliorant le système de séparation des étages.
Un contexte réglementaire et technique
Avant de pouvoir décoller, SpaceX doit obtenir une licence de la Federal Aviation Administration (FAA). Celle-ci avait été accordée pour les vols précédents après des examens de sécurité et d’impact environnemental. Pour le Starship V3, l’agence américaine examine actuellement les modifications apportées au véhicule et à la base de lancement. Par ailleurs, l’entreprise a dû installer un nouveau système de suppression des flammes et un déluge d’eau pour atténuer les vibrations et les températures extrêmes générées par les 33 moteurs du premier étage.
Des objectifs scientifiques et commerciaux
Au-delà des aspects techniques, le Starship V3 incarne la stratégie de SpaceX visant à industrialiser l’accès à l’espace. La capacité d’emport de la version V3 est estimée à plus de 100 tonnes en orbite basse, ce qui en ferait le lanceur le plus capacitaire jamais opérationnel. Cette performance ouvre la voie à des missions de grande envergure, comme l’assemblage en orbite de vaisseaux interplanétaires ou le déploiement de télescopes spatiaux de très grande taille. Les scientifiques y voient un potentiel pour des missions d’exploration du système solaire externe, tandis que les opérateurs de satellites y voient un outil pour déployer des infrastructures en orbite à moindre coût.
Un calendrier encore incertain
Aucune date précise n’a été communiquée pour le décollage du Starship V3. Les préparatifs se poursuivent à Boca Chica, avec des essais statiques des moteurs et des vérifications des systèmes de vol. SpaceX a pour habitude de procéder à des tests de remplissage et de pressurisation des réservoirs avant de donner le feu vert au lancement. La fenêtre de tir dépendra des résultats de ces vérifications et de l’obtention de l’autorisation réglementaire. Les observateurs estiment que le vol pourrait intervenir dans les semaines à venir, si aucun problème technique ou administratif majeur ne survient.