L’artiste indien T Venkanna expose pour la première fois dans un cadre institutionnel. Son œuvre, immédiatement reconnaissable par son foisonnement de corps enlacés, de sexes et de seins, plonge le spectateur dans un univers qui évoque à la fois les bas-reliefs des temples hindous et les visions cauchemardesques de Jérôme Bosch, en plus exubérant. Loin de la provocation gratuite, Venkanna revendique une filiation directe avec la tradition sculpturale des édifices religieux de son pays.

Fils d’un prêtre hindou, l’artiste explique que ses compositions orgiaques ne sont pas une simple célébration du désir, mais un moyen de réfléchir au mythe religieux. Dans ses toiles, des figures divines côtoient des humains engagés dans des actes sexuels débridés : une femme est caressée par un nez, un homme copule avec l’arrière-train d’un animal, d’autres se touchent dans un tourbillon de couleurs. « C’est ce que l’on voit dans les temples anciens, assure-t-il. Les gens touchent les seins des sculptures, si bien qu’avec le temps, elles deviennent très lisses et brillantes. »

Un retable en forme de phallus Au centre de l’exposition trône un retable monumental, flanqué de deux panneaux latéraux qui lui donnent la silhouette générale d’un dessin de pénis enfantin. Tout en bas, Adam et Ève sont assis, dos tournés, contemplant ce que l’artiste appelle un « fourré orgastique de désir ». À côté, une femme vénère un lingam – la représentation aniconique de Shiva – et un homme tète le sexe d’une statue féminine tout en lui caressant un sein.

Venkanna, dont le travail a été montré dans des foires internationales, verra ses œuvres présentées au Studio Voltaire à Londres à partir de juin, puis en septembre, avant de se rendre au Royaume-Uni pour des rencontres avec le public. Les critiques y voient une réflexion audacieuse sur la porosité entre le sacré et le profane, mais aussi sur la manière dont les corps sont représentés dans l’art indien depuis des siècles.

L’artiste, interrogé sur le caractère choquant de ses toiles, balaie l’objection : « Choquant ? C’est seulement ce que vous voyez dans les temples anciens. » Pour lui, ces « carnavals de copulation » sont avant tout une célébration joyeuse de la vie, un pont entre l’érotisme des textes sacrés et la réalité charnelle.