L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair s'attire les foudres d'un éditorial publié mercredi, qui juge ses récents conseils au Parti travailliste « dépassés » et fondés sur des présupposés hérités des années 1990. Dans une longue intervention de 5 700 mots mise en ligne sur le site de son Institute for Global Change, M. Blair appelle le Labour à incarner un « centre radical » pour éviter une défaite électorale, tout en critiquant les positions de l'actuel secrétaire à la Santé, Wes Streeting, sur la fiscalité.
L'éditorial relève un paradoxe : M. Blair souligne la nouveauté des défis contemporains – révolution de l'intelligence artificielle, montée du populisme – mais propose des remèdes inchangés depuis l'époque où il combattait la « vieille gauche » dans les années 1990. Il suggère que le Labour a une « capacité infinie d'illusion » et que, quel que soit son leader, le parti risque de perdre les prochaines élections s'il ne se recentre pas.
Wes Streeting est particulièrement visé pour avoir défendu une augmentation des impôts sur les plus hauts revenus et les plus-values. M. Blair estime que de telles mesures « sentent la vieille politique ». L'éditorial rétorque que le bilan de M. Blair à Downing Street – guerre en Irak, dérégulation financière, stagnation des inégalités – ne fait pas de lui un guide crédible pour affronter les crises actuelles.
L'éditorial oppose aux propositions de M. Blair une nécessaire prise en compte des enjeux contemporains : urgence climatique, inégalités croissantes, transformation numérique. Il souligne que la « radicalité » prônée par l'ancien Premier ministre consiste surtout à rejeter toute ambition progressiste, ce qui ne répond pas aux attentes des électeurs.
Ce débat intervient alors que le gouvernement travailliste de Keir Starmer cherche à concilier discipline budgétaire et investissements publics. Les critiques de M. Blair, figure historique du New Labour, ravivent les tensions internes sur la stratégie électorale et économique du parti.