Une critique sans précédent de la part d'un ancien dirigeant

L'ancien Premier ministre travailliste Tony Blair a accusé le gouvernement de Keir Starmer de ne pas avoir de «plan cohérent» pour le pays et d'adopter des politiques qui brident les entreprises. Dans un essai de plus de 5 600 mots — sa première critique détaillée de l'exécutif actuel — il épingle notamment les nouvelles lois sur les droits des travailleurs, le démantèlement progressif de l'industrie pétrolière et gazière britannique, ainsi que la hausse du salaire minimum supérieure à l'inflation.

Sir Tony estime que le «problème principal» du gouvernement n'est pas «la personnalité de Keir» ni un «échec de communication», mais l'absence d'une «stratégie d'ensemble cohérente» face à un monde qui change vite. Il ajoute que le parti se trouve dans «une mauvaise position politique» pour élaborer un tel plan et conquérir un second mandat.

Un contexte de crise politique pour Starmer

Cette intervention intervient alors que le Premier ministre est sous pression après des résultats électoraux désastreux au début du mois et cinq démissions ministérielles, une contestation de sa direction étant largement attendue. Blair avertit néanmoins que «forcer le départ du Premier ministre avant de savoir quelle orientation politique nous prenons n'est pas une manière sérieuse de se comporter».

Parmi les mesures critiquées, il cite la hausse des cotisations patronales d'assurance nationale, qui a, selon lui, «miné la confiance des entreprises». Il dénonce également le dernier budget, qui donne l'impression d'augmenter les impôts pour financer davantage de dépenses sociales, alors que le public juge déjà les prestations trop élevées. «L'ensemble de ces mesures a créé des vents contraires, et non favorables, pour les entreprises britanniques», écrit-il.

Des divergences au sein du parti

Downing Street a refusé de commenter directement l'essai, mais un porte-parole a indiqué que Keir Starmer est «pleinement concentré sur la réalisation du changement pour les travailleurs». La même source a souligné les mesures en faveur du pouvoir d'achat, la croissance économique avant le conflit en Iran, la baisse des listes d'attente du NHS, la réduction de l'immigration et de la criminalité violente, tout en reconnaissant qu'il reste «beaucoup à faire».

Les réactions des députés travaillistes sont partagées. Chris Curtis, député de Milton Keynes Nord, a jugé l'essai «assez rafraîchissant» car il cherche à «aborder les très grandes questions auxquelles nous sommes confrontés». En revanche, Rachael Maskell, députée d'York Central, a estimé que l'analyse de Blair n'était pas correcte, décrivant son intervention comme «incroyablement inutile» à l'approche de trois élections partielles législatives le mois prochain, dont celle cruciale de Makerfield.

Une élection partielle décisive

La circonscription de Makerfield est considérée comme un test pour l'avenir du Parti travailliste. Le parti y affronte Reform UK, qui a réalisé de bons scores dans la région lors des élections municipales de mai. Le candidat du Labour est Andy Burnham, maire du Grand Manchester, qui entend revenir à Westminster et pourrait défier Keir Starmer pour la direction du parti en cas de victoire.

Des pistes pour l'avenir

Tony Blair appelle le Labour à devenir le «centre radical», en plaçant «la politique avant tout, et la politique politicienne en dernier». Il propose notamment de lever les obstacles à la croissance des entreprises, de réformer la protection sociale, de lutter contre l'immigration illégale et d'exploiter l'intelligence artificielle. Sur l'Union européenne, il affirme que «le Royaume-Uni a perdu avec le Brexit» mais prévient que revenir en arrière n'est pas la solution immédiate : «Si nous voulons envisager un retour à une relation structurée avec l'Europe, nous ne pouvons le faire qu'à partir d'une position de force économique.»

L'essai de Blair, bien qu'ancien dirigeant du parti, reflète les tensions qui traversent aujourd'hui le Labour, entre une base qui réclame un cap clair et un exécutif fragilisé par des revers électoraux et des défections internes.