Le géant pétrolier français TotalEnergies continue d’avancer dans la mise en œuvre de son mégaprojet de gaz naturel liquéfié (GNL) au Mozambique, en dépit d’un contexte sécuritaire tendu et de vives critiques environnementales. Le projet, implanté dans la province septentrionale de Cabo Delgado, est l’un des plus importants investissements du groupe en Afrique, mais il se heurte à une série de contestations tant locales qu’internationales.

Une insurrection toujours active

La région de Cabo Delgado est en proie depuis plusieurs années à une insurrection jihadiste, qui a déjà causé la mort de plusieurs milliers de personnes et provoqué le déplacement de centaines de milliers d’habitants. Les groupes armés, affiliés à l’État islamique, multiplient les attaques contre les villages et les positions militaires, rendant la zone hautement instable. En 2021, TotalEnergies avait d’ailleurs déclaré un cas de force majeure et suspendu temporairement ses activités sur le site, avant de les relancer progressivement.

Le groupe affirme aujourd’hui travailler en étroite coordination avec les autorités mozambicaines et la force régionale déployée pour sécuriser la zone. Cependant, des observateurs jugent que la menace n’est pas éradiquée et que la reprise du projet expose les travailleurs et les communautés locales à des risques persistants. Des organisations de défense des droits humains dénoncent par ailleurs l’absence de consultation réelle des populations autochtones, qui subissent les conséquences directes des opérations.

Un lourd bilan environnemental

Outre l’aspect sécuritaire, le projet fait l’objet de critiques répétées de la part d’associations environnementales. L’exploitation du gisement offshore de gaz, puis sa liquéfaction sur une zone côtière protégée, menacent des écosystèmes fragiles, notamment des mangroves et des récifs coralliens. Des études indépendantes pointent également les émissions de gaz à effet de serre liées à l’exportation de ce gaz, en contradiction avec les engagements climatiques du groupe.

TotalEnergies met en avant ses efforts pour limiter l’empreinte écologique du chantier, notamment par la réduction des torchères et l’utilisation de technologies moins polluantes. Mais les militants estiment que ces mesures restent insuffisantes face à l’ampleur du projet, qui pourrait produire plusieurs millions de tonnes de GNL par an pendant des décennies. Des recours juridiques ont été engagés en France et au Mozambique pour contester les autorisations accordées.

Des enjeux économiques majeurs

Pour le Mozambique, l’un des pays les plus pauvres du monde, ce projet représente une manne financière considérable. Les recettes attendues de l’exportation de gaz pourraient transformer l’économie nationale et financer des infrastructures publiques. Le gouvernement de Maputo voit donc dans TotalEnergies un partenaire essentiel pour son développement, et insiste sur les retombées en termes d’emplois et de formation.

De son côté, le groupe français justifie son maintien par la nécessité de sécuriser l’approvisionnement énergétique européen et de diversifier ses sources de gaz, dans un contexte de tensions sur les marchés mondiaux. TotalEnergies assure respecter les standards internationaux en matière de droits humains et d’environnement, et affirme dialoguer avec les parties prenantes locales.

Des positions qui se durcissent

La persistance du projet suscite une opposition croissante au sein de la société civile, mais aussi de la part de certains actionnaires et d’élus européens. En 2022, une plainte pour « complicité de crimes contre l’humanité » avait été déposée contre le groupe, sans suite judiciaire à ce stade. Parallèlement, des organisations plaident pour un moratoire sur tout nouveau projet gazier en Afrique, estimant que ces infrastructures enferment le continent dans une dépendance aux énergies fossiles.

Le conseil d’administration de TotalEnergies a réaffirmé sa confiance dans le projet, estimant que les risques sont maîtrisés et que les bénéfices l’emportent sur les inconvénients. La prochaine étape clé sera la finalisation des accords de financement et la validation des plans de sécurisation, qui détermineront le calendrier effectif de la production.