L'économiste Gabriel Zucman a vivement critiqué, ce dimanche 31 mai, le principe d'une « TVA sociale » défendu par le Medef, lors d'une intervention devant la CGT à Tours, à la veille du 54e congrès du syndicat. Il a jugé ce mécanisme « particulièrement inacceptable » et « nocif pour l'économie française », selon des propos rapportés par plusieurs médias.
Un dispositif « antisocial » pour la CGT
La TVA sociale, qui consisterait à réduire les cotisations patronales et à compenser cette baisse par une hausse de la TVA sur la consommation, est présentée par le président du Medef, Patrick Martin, comme une « réforme de structure ». Celui-ci a proposé, la semaine dernière, de diminuer de 60 milliards d'euros les cotisations patronales allouées à l'Assurance-maladie et à la branche famille, en partie compensée par un relèvement du taux normal de TVA. Il a justifié cette piste, dans un entretien, en affirmant que « 50 milliards d'euros de la protection sociale sont déjà financés par la TVA ».
Gabriel Zucman, connu du grand public pour ses travaux sur la taxation des ultra-riches, a estimé que ce mécanisme « n'a aucun sens en soi, mais particulièrement dans le contexte actuel » marqué par « des pressions inflationnistes suite à l'explosion des prix du pétrole ». « Venir remettre une couche là-dessus reviendrait à renchérir sur les prix à la consommation », a-t-il ajouté.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a abondé dans le même sens, estimant qu'« il n'y a pas plus antisocial que la TVA sociale, qui va faire payer la quasi-totalité des travailleurs et des travailleuses, et notamment toutes celles et ceux qui ne sont pas imposables parce qu'ils n'ont pas assez de revenus ».
Un débat politique et syndical récurrent
La TVA sociale n'est pas une idée nouvelle. Adoptée en 2012, elle avait été abrogée peu après par le président de l'époque, François Hollande. L'ancien Premier ministre François Bayrou l'avait remise sur le tapis l'an dernier, suscitant une vive opposition de la gauche, du Rassemblement national et des organisations syndicales. La proposition de Patrick Martin relance le débat, dans un contexte où le gouvernement a gelé les allègements de charges patronales malgré la hausse du Smic, provoquant la colère du patronat.
Un débat qui pourrait s'intensifier
Avec la prise de position de Gabriel Zucman, figure médiatique de l'économie, la polémique pourrait prendre une nouvelle ampleur. Le gouvernement n'a pas encore réagi officiellement, mais le débat oppose clairement deux visions : d'un côté, le Medef, qui cherche à réduire le coût du travail pour favoriser l'emploi ; de l'autre, les syndicats et une partie des économistes, qui dénoncent un transfert de charge sur les ménages, notamment les plus modestes, et un risque d'inflation.