Un rendez-vous manqué à Camp David

Le président américain, Donald Trump, a dû renoncer ce mercredi à dévoiler l’accord avec l’Iran qu’il promettait imminent depuis plusieurs jours. Alors que les médias s’attendaient à une annonce solennelle depuis Camp David, lieu historique des accords de paix au Moyen-Orient, une météo défavorable a contraint le déplacement du conseil des ministres vers la Maison-Blanche. Au cours de cette réunion, le président a reconnu n’avoir « rien à dévoiler », tout en affirmant que les Iraniens « veulent très profondément conclure un accord », mais que « jusqu’à présent, ils n’y sont pas arrivés ». Un constat d’échec qui contredit l’optimisme affiché le week-end précédent, lorsque le locataire de la Maison-Blanche qualifiait l’accord de « largement négocié ».

Un processus semé d’obstacles

L’accord en discussion, décrit par des sources proches des négociateurs comme un simple « mémorandum d’entente » d’une page, prévoirait un délai de soixante jours pour résoudre la question du nucléaire iranien et notamment celle de l’uranium enrichi, que le président américain nomme « poussière nucléaire ». L’impossibilité d’obtenir une capitulation complète de l’Iran exaspère le président, qui voit sa crédibilité mise à mal par des semaines de revirements. Selon des collaborateurs, il est particulièrement irrité par les commentaires affirmant que l’impasse le fait paraître faible. Pourtant, chaque nouvelle menace ou ultimatum américain a été déjoué par Téhéran, qui a réussi à faire prolonger le cessez-le-feu en place depuis la visite infructueuse du vice-président Vance à Islamabad à la mi-avril. Le président hésite à reprendre les hostilités, conscient de l’épuisement des stocks de munitions américains et craignant des représailles iraniennes contre les infrastructures énergétiques des pays du Golfe, ce qui aggraverait la crise énergétique mondiale.

La pression des alliés régionaux et les critiques intérieures

Les dirigeants des nations du Moyen-Orient ont exhorté le président américain, lors d’un appel téléphonique le week-end dernier, à conclure rapidement un accord. La région subit de plein fouet les frappes iraniennes et la crise dans le détroit d’Ormuz, fermé de facto depuis le début du conflit, ce qui a bloqué des centaines de navires et contraint les États-Unis à instaurer leur propre blocus. En réaction à cet appel, le président américain avait écrit sur Truth Social qu’un accord était presque conclu. Ce pacte devrait inclure la reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, la prolongation du cessez-le-feu dans la campagne israélienne contre le Hezbollah au Liban, et un possible allègement des sanctions contre Téhéran.

Cependant, l’aile droite du camp républicain, déçue que le régime iranien soit toujours en place, craint un accord précipité. Le sénateur Lindsey Graham a estimé que « cette combinaison entre la capacité de l’Iran à terroriser le détroit en permanence » et celle d’« infliger des dégâts massifs aux infrastructures pétrolières du Golfe constitue un changement majeur de l’équilibre des forces dans la région et, avec le temps, sera un cauchemar pour Israël ». Le président de la commission des forces armées du Sénat, Roger Wicker, a quant à lui jugé que « le cessez-le-feu de 60 jours évoqué, avec la conviction que l’Iran négociera jamais de bonne foi, serait un désastre ». Un collaborateur de la Maison-Blanche a indiqué que ces critiques publiques et les pressions en coulisses avaient surpris et agacé le président, le poussant à mettre en garde sur les réseaux sociaux contre un accord prématuré et à exiger désormais une « victoire claire », sans en préciser la nature.

Une position américaine en demi-teinte

Tout en affirmant que les négociations « se déroulent bien », la porte-parole de la présidence, Olivia Wales, a déclaré que « le président Trump ne conclura qu’un bon accord pour le peuple américain ». La stratégie de l’administration, qui mise sur le blocus du détroit d’Ormuz pour asphyxier les exportations pétrolières iraniennes et forcer Téhéran à céder, semble pourtant marquer le pas. L’impatience présidentielle grandit, tandis que la fenêtre d’une sortie de crise se referme peu à peu, laissant planer le risque d’une reprise des hostilités ou d’un accord jugé insatisfaisant par les alliés historiques des États-Unis dans la région.