Un document intitulé « A Guideline of Performing Ibadah at the International Space Station » (Un guide pour l'accomplissement du culte à bord de la Station spatiale internationale) a récemment refait surface sur les réseaux sociaux, suscitant l'intérêt pour la manière dont les musulmans vivant et travaillant dans l'espace peuvent observer leurs obligations religieuses. Ce guide, dont la publication initiale remonte à 2007 selon les informations disponibles, aborde des questions complexes liées à la pratique de l'islam en microgravité, loin de la Terre.

Prière et direction de La Mecque

Le guide traite en premier lieu de la prière (salat), l'un des cinq piliers de l'islam. Sur Terre, les musulmans se tournent vers la Kaaba à La Mecque pendant leurs prières. Dans l'espace, la notion de direction est perturbée par l'absence de repère gravitationnel stable. Le document propose plusieurs solutions, dont la possibilité d'estimer la direction de La Mecque en fonction de la position de la Station spatiale internationale (ISS) par rapport à la Terre, ou de se tourner vers la Terre elle-même comme symbole de la qibla (direction de la prière). Il suggère également que l'astronaute peut prier dans la direction qui lui semble la plus appropriée, en faisant preuve de sincérité dans son intention (niyyah).

Rythmes des prières et cycle jour-nuit

Les cinq prières quotidiennes sont normalement liées à la position du soleil. À bord de l'ISS, un cycle jour-nuit se produit environ toutes les 90 minutes, ce qui signifie que le soleil se lève et se couche 16 fois par jour terrestre. Le guide indique que les astronautes peuvent suivre le cycle terrestre du lieu de leur choix (par exemple, le fuseau horaire de leur pays d'origine ou le temps universel coordonné) pour déterminer les heures de prière. Ainsi, ils peuvent prier selon un rythme de 24 heures, en s'alignant sur le jour terrestre.

Jeûne pendant le Ramadan

Concernant le jeûne du Ramadan, le guide aborde la question des horaires de rupture du jeûne (iftar) et du début du jeûne (suhoor). Là encore, les astronautes peuvent se référer au cycle terrestre de leur pays d'origine ou d'un lieu de référence. Si le jour s'étend sur une très longue période (par exemple, si la station se trouve en orbite terrestre basse avec des levers et couchers de soleil très fréquents), le document suggère de suivre le cycle terrestre le plus proche, ou de jeûner selon les horaires de La Mecque. Il est également mentionné que le voyage dans l'espace peut être considéré comme une excuse valable pour ne pas jeûner, à l'instar d'un voyageur sur Terre, avec l'obligation de rattraper les jours manqués plus tard.

Pureté rituelle et ablutions

La purification rituelle (wudu) avant la prière est un autre défi dans l'espace en raison de la rareté de l'eau et de l'absence de gravité. Le guide indique que l'astronaute peut utiliser de l'eau pour les ablutions si celle-ci est disponible, mais qu'il peut aussi recourir à la purification par la terre (tayammum) en utilisant une surface propre ou un linge. Les gouttes d'eau doivent être contrôlées pour éviter de flotter dans la cabine, et les astronautes peuvent utiliser des serviettes humides ou des lingettes. En cas d'impossibilité totale d'utiliser de l'eau ou de la terre, la prière peut être accomplie sans purification préalable, en s'en remettant à Dieu.

Postures de prière

En microgravité, les positions traditionnelles de la prière (debout, inclinaison, prosternation, assis) sont difficiles à réaliser. Le guide recommande d'effectuer ces mouvements dans la mesure du possible, en s'adaptant aux contraintes de l'environnement. Par exemple, la prosternation peut être effectuée en inclinant la tête vers le bas, et l'inclinaison en pliant le haut du corps. Si les mouvements complets sont impossibles, des versions simplifiées sont acceptables, l'essentiel étant l'intention et la concentration spirituelle.

Intention et esprit du culte

Le document insiste sur le fait que l'esprit du culte prime sur la forme. Les contraintes spatiales sont reconnues comme des circonstances exceptionnelles qui permettent des assouplissements. L'important est de maintenir la foi, de faire preuve de sincérité et de s'efforcer d'observer les obligations religieuses du mieux possible.

Bien que ce guide date de 2007, il reste pertinent pour les futurs astronautes musulmans, alors que l'exploration spatiale se diversifie. Plusieurs musulmans ont déjà voyagé dans l'espace, dont le prince Sultan bin Salman d'Arabie saoudite (1985), Anousheh Ansari (2006), et plus récemment Hazza Al Mansouri des Émirats arabes unis (2019). Ces astronautes ont appliqué des principes similaires pour concilier leur foi et leur mission spatiale.