Un juge de Floride a refusé, mardi 26 mai, de suspendre provisoirement la nouvelle carte des circonscriptions législatives de l'État, ouvrant la voie à une possible augmentation de quatre sièges pour le Parti républicain lors des élections de mi-mandat de novembre. La décision, rendue par le juge Joshua M. Hawkes de la deuxième cour de circuit judiciaire de Tallahassee, rejette la demande d'injonction temporaire déposée par des groupes de défense des droits civiques et électoraux.
Une contestation fondée sur la lutte contre le gerrymandering
Les plaignants, notamment les associations Common Cause Florida et d'autres organisations de défense des droits de vote, avaient saisi la justice début mai. Ils soutiennent que la carte adoptée le mois dernier par les législateurs républicains, à l'instigation du gouverneur Ron DeSantis, viole les amendements dits « Fair Districts » (Districts équitables) approuvés par les électeurs de Floride en 2010. Ces amendements interdisent le redécoupage partisan, ou gerrymandering, qui vise à avantager un parti politique.
Dans son ordonnance, le juge Hawkes a estimé que les plaignants n'avaient pas suffisamment démontré que leur action en justice avait de fortes chances de prospérer sur le fond. Il a également rejeté leur argument selon lequel, en cas de blocage temporaire de la nouvelle carte, l'ancien découpage devrait être rétabli.
Une décision fondée sur un « moindre mal »
Le juge a dû peser deux arguments contradictoires. D'un côté, les plaignants invoquent la violation de l'interdiction du gerrymandering partisan prévue par la Constitution de Floride. De l'autre, l'administration DeSantis affirme que l'ancienne carte, qui comprenait une circonscription à majorité noire, serait inconstitutionnelle au regard d'un récent arrêt de la Cour suprême des États-Unis ayant affaibli la loi fédérale sur le droit de vote (Voting Rights Act).
En conclusion, le juge Hawkes a donné raison à l'État, écrivant que « l'intention partisane potentielle dans la carte de 2026 est le moindre des deux maux ». Cette formulation marque une reconnaissance implicite du caractère partisan de la nouvelle carte, sans pour autant la juger illégale à ce stade.
Une procédure accélérée dans un contexte politique tendu
La décision intervient alors que le calendrier électoral se resserre. Les candidats aux élections législatives de Floride peuvent commencer à se faire inscrire cette semaine pour la primaire du 18 août, une échéance qui a été repoussée cette année. Ce redécoupage en milieu de décennie est une manœuvre inhabituelle, encouragée par le président Donald Trump pour renforcer les positions républicaines au Congrès à l'approche des élections de mi-mandat.
Les plaignants promettent de faire appel
Les organisations requérantes ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel de la décision. Amy Keith, directrice exécutive de Common Cause Floride, a déclaré dans un communiqué : « Parce que les Floridiens de tous bords politiques sont si clairement opposés au gerrymandering partisan, nous épuiserons toutes les options juridiques pour faire en sorte qu'une carte aussi partisane ne dure pas le reste de cette décennie. »
Un enjeu national pour la majorité au Congrès
La Floride, État clé et très disputé, pourrait jouer un rôle décisif dans la lutte pour le contrôle de la Chambre des représentants. L'ajout potentiel de quatre sièges républicains – sur les 28 que compte la délégation floridienne – pourrait considérablement renforcer la majorité républicaine actuelle, ou au contraire limiter les gains démocrates. Le litige s'inscrit dans une série de batailles judiciaires sur le redécoupage électoral dans plusieurs États, alors que les deux partis cherchent à maximiser leur avantage avant les élections de novembre.