Un accessoire de mode préhistorique

Un sac à main présenté comme le « premier produit en cuir de T. rex au monde » a été dévoilé début avril au musée du zoo Artis d'Amsterdam, aux côtés d'un imposant squelette de dinosaure. Conçu par la marque de mode polonaise Enfin Leve, l'objet doit être mis aux enchères le 11 juin à Paris. La matière qui le compose, qualifiée de « dense, primitive, fonctionnant selon sa propre logique » par la marque sur les réseaux sociaux, a été développée en laboratoire à partir de fragments de protéines extraits d'un fossile de Tyrannosaurus rex découvert dans le Montana il y a une vingtaine d'années.

Une technique entre science et controverse

La découverte initiale, réalisée par la paléontologue Mary Higby Schweitzer, avait déjà suscité des débats : des fragments de tissus mous, dont des protéines, avaient été identifiés à l'intérieur des os du dinosaure, alors que la science estimait jusqu'alors que de telles matières organiques ne pouvaient survivre des millions d'années. De nombreux chercheurs ont émis des doutes, suggérant que des bactéries colonisant les ossements auraient pu créer les structures observées.

Pour produire le cuir du sac, les scientifiques de The Organoid Company, cofondée par Thomas Mitchell et Ernst Wolvetang, ont utilisé ces fragments protéiques – qu'ils soient ou non d'origine dinosaurienne – comme point de départ. À l'aide d'une intelligence artificielle, ils ont reconstitué une séquence protéique complète. Mais celle-ci s'appuie en grande partie sur des protéines de poulet, les oiseaux étant les plus proches parents vivants des dinosaures.

Un produit majoritairement aviaire

Jan Dekker, chercheur postdoctoral à l'université de Turin spécialisé en paléoprotéomique – l'étude des protéines anciennes –, exprime ses réserves. « Les protéines de dinosaures sont très controversées », explique-t-il. « La limite que nous considérons généralement pour la survie des protéines a été repoussée à environ 20 millions d'années dans des circonstances très exceptionnelles. » Or, le Tyrannosaurus rex s'est éteint il y a environ 66 millions d'années. Dekker estime donc que le sac ne peut contenir de matière réellement dinosaurienne.

Même si les fragments originaux provenaient bien d'un T. rex, ajoute-t-il, environ 90 % de la séquence protéique finale serait d'origine aviaire. « Ce qu'ils ont fabriqué, c'est du collagène synthétique utilisant des données qui ressemblent à du dinosaure, mais la majorité vient du poulet », résume le chercheur.

Un engouement médiatique mais des interrogations persistantes

Le projet illustre les avancées de la biotechnologie dans la création de cuir de laboratoire, un domaine en pleine expansion. Thomas Mitchell a comparé le processus à un puzzle dont on ne possède que quelques pièces, qu'il faut compléter avec des informations issues d'espèces actuelles. Mais la question centrale – les fragments de protéines découverts dans le Montana sont-ils vraiment ceux d'un T. rex ? – reste ouverte.

En attendant, le sac à main suscite la curiosité autant que le scepticisme dans la communauté scientifique. Pour ses concepteurs, il s'agit avant tout d'une exploration des possibilités offertes par la synthèse de matériaux à partir de données paléontologiques, indépendamment de l'authenticité absolue des composants initiaux.