Les électeurs républicains du Texas ont renouvelé leur pari habituel : celui qu’un candidat ultra-conservateur peut battre un démocrate, même après une primaire fratricide. La victoire de Ken Paxton sur son adversaire modéré lors du second tour des primaires républicaines, le 26 mai 2026, ouvre une période de questionnements pour le parti qui devra faire la preuve de sa capacité à se rassembler en vue des élections générales de novembre.

Une victoire attendue, des fractures persistantes

Ken Paxton, en poste depuis 2015, a consolidé son assise sur l’aile la plus conservatrice de l’État. Sa campagne a mis en avant son bilan de défenseur des valeurs traditionnelles et de pourfendeur des politiques fédérales démocrates. Il était opposé à un candidat soutenu par les figures modérées et une partie de l’establishment républicain local, notamment d’importants cercles d’affaires de Houston et de Dallas. La netteté de sa victoire au second tour – environ 57 % des suffrages selon les résultats quasi définitifs – ne doit pas masquer les tensions révélées par la campagne.

Lors du premier tour, aucun des candidats n’avait atteint la majorité absolue, forçant un second tour. La campagne des semaines suivantes a été âpre, marquée par des échanges vifs sur la gestion des finances de l’État, l’indépendance judiciaire et le rôle du procureur général face à l’administration Biden. Les partisans de Paxton ont dénoncé un adversaire « tiède » sur les questions de frontière et de droit à l’avortement, tandis que les soutiens de son opposant ont pointé des affaires judiciaires en cours visant Paxton – notamment une enquête pour corruption présumée – comme un obstacle à sa réélection en novembre.

L’enjeu de l’unité : un test pour les Républicains texans

Le pari des électeurs républicains est que, dans un État aussi conservateur que le Texas, même un candidat fortement clivant peut l’emporter face au candidat démocrate. Le raisonnement repose sur un constat démographique et électoral : le Texas n’a pas élu de démocrate à un poste d’échelon étatique depuis 1994. Pourtant, la marge s’est nettement resserrée lors des dernières élections présidentielles et sénatoriales, avec une progression constante du vote démocrate dans les banlieues et les zones urbaines.

Les observateurs de la vie politique texane soulignent que la primaire a aggravé les divisions internes. Des anciens gouverneurs et sénateurs de l’État, habituellement discrets, ont pris position pour l’un ou l’autre camp. Des comités d’action politique ont dépensé plusieurs millions de dollars en publicités négatives. Cette saignée pourrait bénéficier au candidat démocrate, encore inconnu à ce stade de la compétition, qui pourrait capitaliser sur l’image d’un parti républicain divisé.

Une campagne qui s’annonce nationale

La fonction de procureur général du Texas revêt une importance nationale. Ken Paxton s’est illustré par des actions en justice contre l’administration Obama puis Biden, notamment sur l’immigration, l’environnement et l’avortement. Ses décisions ont souvent été au cœur de batailles judiciaires remontant jusqu’à la Cour suprême des États-Unis. Sa réélection serait perçue comme un feu vert à la poursuite de cette stratégie de confrontation juridique avec le gouvernement fédéral.

À l’inverse, une défaite de Paxton en novembre constituerait un revers politique majeur pour l’aile droite du Parti républicain, non seulement au Texas mais à l’échelle nationale. Le gouverneur républicain Greg Abbott, qui a soutenu Paxton dans cette primaire, mise sur un rassemblement rapide des troupes. Mais plusieurs cadres locaux restent silencieux, et des donateurs modérés ont déjà annoncé qu’ils se consacreraient à d’autres courses électorales plutôt que de financer la campagne du procureur général.

Les prochaines étapes

Ken Paxton dispose désormais de cinq mois pour convaincre les électeurs républicains modérés qui ont voté pour son adversaire de se rallier à sa candidature. Des réunions de parti sont prévues dans tout l’État, et la convention républicaine du Texas, qui se tiendra en juillet à San Antonio, sera un premier test de l’unité affichée. Les dirigeants du parti comptent sur la menace démocrate – incarnée par un candidat encore à désigner – pour souder les rangs.

Les primaires démocrates, de leur côté, se dérouleront début juin. Le vainqueur affrontera Ken Paxton avec le soutien de la base démocrate texane, renforcée par l’afflux de nouveaux résidents venus d’États bleus. La course s’annonce comme l’une des plus suivies du pays pour ce cycle électoral de mi-mandat.