Un combattant de l'oubli

Albert Corrieri, un homme de 104 ans originaire de Marseille, a saisi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) afin d'obtenir une reconnaissance et une indemnisation pour le travail forcé qu'il a subi durant la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO). Il réclame 43 200 euros, soit l'équivalent de 10 euros de l'heure pour les 788 jours de contrainte qu'il affirme avoir endurés du 13 mars 1943 au 15 avril 1945.

En mars 1943, à l'âge de 21 ans, Albert Corrieri, qui travaillait comme serveur sur le Vieux-Port de Marseille, a été déporté en Allemagne nazie pour intégrer un camp de travaux forcés. Affecté à l'usine chimique de Ludwigshafen, il décrit avoir été « réduit à l'état d'esclave », contraint « d'effectuer les travaux les plus pénibles sous la menace des armes, six jours sur sept, dix heures d'affilée, de jour comme de nuit, et sans percevoir le moindre centime de rémunération ». Il a également été blessé au bras lors de bombardements alliés.

Un parcours judiciaire semé d'embûches

Ce n'est pas la première tentative d'Albert Corrieri pour obtenir justice. En 2015, la Cour administrative de Marseille a rejeté sa demande d'indemnisation. La cour d'appel a confirmé ce refus en se fondant sur la loi du 14 mai 1951, qui a permis l'indemnisation des préjudices subis par les victimes du STO. Selon cette législation, les travailleurs forcés ont déjà été dédommagés par le biais de dispositifs spécifiques, ce qui a conduit les juridictions françaises à considérer que la demande d'Albert Corrieri n'était pas fondée.

Débouté en France, le centenaire se tourne désormais vers la justice européenne. Il estime que la France a une dette envers lui et que les recours internes n'ont pas suffi à réparer le préjudice subi. Son avocat, Michel Pautot, a déclaré lors d'une conférence de presse : « Ce combat dépasse sa personne. Il s'agit de faire reconnaître l'esclavage moderne de la Seconde Guerre mondiale. »

Un symbole pour les victimes oubliées

Selon les informations disponibles, Albert Corrieri serait le plus ancien travailleur forcé du STO à porter son affaire devant la CEDH. Son action pourrait avoir des répercussions pour d'autres victimes ou leurs ayants droit, bien que cette procédure soit longue et incertaine. La Cour européenne des droits de l'homme examinera si la France a violé les droits d'Albert Corrieri, notamment le droit à un procès équitable et le droit à la protection de la propriété, étant donné qu'il n'a pas perçu de rémunération pour son travail forcé.

Le gouvernement français n'a pas encore réagi publiquement à cette requête. La décision de la CEDH pourrait prendre plusieurs mois, voire années. En attendant, Albert Corrieri, qui vit chez lui à Marseille, continue de se battre pour que son histoire ne soit pas oubliée et pour que la reconnaissance de son calvaire soit actée.