Un homme âgé de 104 ans, Albert Corrieri, a saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) afin d’obtenir le paiement de 43 200 euros, somme correspondant selon lui à la rémunération de son travail forcé en Allemagne entre 1943 et 1945. Ce Marseillais, ancien travailleur contraint dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO), estime que l’État français a contracté une dette à son égard en ne le rémunérant pas pour cette période.

« J’estime que la France a une dette envers moi », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par plusieurs médias. Il explique avoir été envoyé de force travailler dans une usine chimique allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, où il a été employé sans salaire dans des conditions difficiles. Albert Corrieri, qui vit aujourd’hui à Marseille, réclame donc 43 200 euros, soit une évaluation de ses heures de travail non rémunérées.

Un recours judiciaire inédit

La saisine de la CEDH constitue une étape rare dans le parcours de réparation des victimes du STO. En France, les travailleurs forcés n’ont pas bénéficié de compensations financières de la part de l’État pour leur activité en Allemagne, contrairement à d’autres catégories de victimes de la guerre (comme les déportés ou les orphelins). Albert Corrieri conteste cette situation en invoquant la violation de ses droits devant la juridiction européenne.

Pour l’heure, aucune décision de la CEDH n’a été rendue publique sur ce dossier. La Cour doit juger de la recevabilité de la requête avant d’examiner le fond. Me Pierre-Olivier Laporte, avocat du centenaire, a indiqué que son client souhaitait obtenir une reconnaissance de son préjudice et une réparation financière pour ses années de travail non rétribuées.

Le STO, une page sombre de l’histoire

Le Service du travail obligatoire (STO) a concerné des centaines de milliers de jeunes Français entre 1942 et 1944. Sous le régime de Vichy, les autorités françaises ont organisé l’envoi de travailleurs en Allemagne pour soutenir l’effort de guerre nazi. Les intéressés étaient souvent affectés à des usines, des mines ou des chantiers, sans salaire ni droits, dans des conditions proches de la réquisition.

À ce jour, les demandes de réparation des anciens du STO n’ont pas abouti en France. Le gouvernement n’a prévu aucune indemnisation spécifique pour ces travailleurs, ce qui motive le recours d’Albert Corrieri devant la CEDH. Son avocat souligne que la France est responsable de cette situation, car l’administration française a organisé ces transferts.

Un symbole pour les derniers témoins

À 104 ans, Albert Corrieri est l’un des derniers survivants du STO encore en vie. Sa démarche vise à obtenir justice pour lui-même, mais aussi à attirer l’attention sur le sort de tous les travailleurs forcés. Il espère que la CEDH reconnaîtra le préjudice subi et contraindra la France à verser des réparations.

Le cas d’Albert Corrieri relance le débat sur la mémoire et la réparation des victimes de la Seconde Guerre mondiale. Le recours devant la CEDH, s’il est jugé recevable, pourrait créer un précédent pour d’autres ayant subi le même sort.