Le Nigeria a annoncé le lancement d’une opération de rapatriement volontaire visant ses citoyens résidant en Afrique du Sud, après une série d’attaques dirigées contre les migrants. Selon le ministère nigérian des Affaires étrangères, plus d’un millier de personnes ont manifesté leur souhait de quitter le territoire sud-africain dans le cadre de ce programme.
Un porte-parole de la diplomatie nigériane, Kimiebi Ebienfa, a précisé que le nombre exact de participants n’était pas encore arrêté, mais que les autorités tablaient sur « plus d’un millier de personnes ». Les services de l’immigration nigérians et sud-africains procèdent actuellement à l’examen des dossiers afin de vérifier l’éligibilité des candidats.
Conditions du départ
Dans le cadre de cet accord, Pretoria a accepté de lever les amendes pour les infractions liées aux visas, notamment les dépassements de séjour. En revanche, les personnes faisant l’objet de poursuites pénales ne pourront pas bénéficier du dispositif et devront rester en Afrique du Sud pour répondre de leurs actes.
Un climat de violences croissantes
L’Afrique du Sud connaît depuis plusieurs mois une flambée de manifestations dirigées contre les étrangers en situation irrégulière. Certaines de ces actions ont dégénéré en violences. Des témoins rapportent des scènes de groupes hostiles se déplaçant de maison en maison pour exiger le départ des migrants africains.
Les manifestants accusent les ressortissants étrangers de commettre des délits et de leur prendre leurs emplois, des accusations que les analystes et les organisations de défense des droits humains considèrent comme un bouc émissaire commode dans un contexte de chômage élevé, de pauvreté et de défaillance des services de police. Un groupe a même lancé un ultimatum, réclamant l’expulsion de tous les migrants sans papiers d’ici le 30 juin, ce qui alimente les craintes de nouvelles violences.
Des victimes en nombre
Le mois dernier, cinq ressortissants éthiopiens auraient été tués à Johannesburg. En juin, le Mozambique a annoncé que cinq de ses nationaux avaient perdu la vie dans des violences anti-immigrés dans la province du Cap-Occidental. Les responsables sud-africains ont condamné ces actes et promis de réprimer les « comportements xénophobes ».
Un mouvement régional
Le Nigeria n’est pas le seul pays à organiser le retour de ses citoyens. Le Ghana a déjà rapatrié environ trois cents personnes le mois dernier à bord d’un vol affrété à destination d’Accra, et des centaines d’autres Ghanéens devraient suivre. L’Éthiopie prépare également un rapatriement de ses ressortissants, selon Kimiebi Ebienfa. Le Kenya, le Lesotho et le Zimbabwe ont pour leur part exhorté leurs citoyens à faire preuve de prudence en Afrique du Sud.
Chiffres et précédents
L’Afrique du Sud compte plus de trois millions d’étrangers, soit environ 5,1 % de sa population. Plus de 63 % d’entre eux viennent des pays membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui regroupe seize États. Le pays a connu des vagues récurrentes de violences xénophobes. La plus meurtrière reste celle de mai 2008, qui avait éclaté dans le township d’Alexandra, près de Johannesburg, avant de s’étendre à l’ensemble du territoire. Au moins 62 personnes avaient alors trouvé la mort, plus de 670 avaient été blessées et plus de 100 000 déplacées, en grande majorité des migrants.