Le Nigeria a entamé le rapatriement de ses ressortissants vivant en Afrique du Sud, où les sentiments anti-migrants se sont intensifiés ces dernières semaines. Un vol affrété par les autorités nigérianes a quitté Johannesburg jeudi matin pour atterrir à Lagos avec 268 passagers à son bord.
Selon les services consulaires nigérians basés en Afrique du Sud, environ un millier de personnes se sont inscrites pour bénéficier de ce programme de retour. D'autres vols pourraient être organisés dans les prochains jours pour évacuer l'ensemble des volontaires.
Ce mouvement de rapatriement s'inscrit dans un contexte plus large de montée des discours hostiles aux étrangers dans le pays. Le Ghana, le Zimbabwe et le Malawi ont déjà mené des opérations similaires. Un collectif de militants a fixé au 30 juin une date butoir pour le départ des migrants en situation irrégulière.
Un climat de peur
Justin, l'un des passagers du vol arrivé à Lagos, a confié vivre en Afrique du Sud depuis 1998. Il a justifié son départ par les conditions imposées aux étrangers et par la crainte des violences. « Ils disent que nous devons partir avant le 30 juin. Et à cause de la façon dont ils tuent des gens, tuent nos frères, je ne suis pas en sécurité », a-t-il déclaré. Il a également affirmé avoir été agressé récemment dans un taxi, perdant ses effets personnels en prenant la fuite.
Les autorités sud-africaines n'ont pas communiqué de bilan officiel des violences xénophobes récentes. La police a indiqué que deux citoyens mozambicains avaient été tués dans la province du Cap occidental au début du mois, sans préciser les motifs. Le Mozambique, de son côté, fait état d'un nombre de victimes plus élevé et attribue ces décès à la xénophobie.
Des responsables politiques pointés du doigt
La consule générale du Nigeria en Afrique du Sud, Ninikanwa Okey-Uche, a estimé que les migrants étaient utilisés comme boucs émissaires. « Ils représentent moins de 10 % de la population sud-africaine et ne peuvent être tenus pour responsables des dysfonctionnements des systèmes d'éducation, de santé, de police ou de chômage », a-t-elle déclaré.
Elle a appelé les autorités sud-africaines à engager des poursuites contre les personnes qui incitent à la haine envers les étrangers. « De hauts responsables politiques sud-africains se sont prononcés contre ce qui se passe, en disant que c'est absolument condamnable. Mais dans la rue, on a besoin de voir des arrestations. On connaît les responsables, ils ne se cachent pas. Ils sèment le chaos dans la vie des gens, mais ils sont en liberté, certains se présentent même aux élections », a-t-elle ajouté.
Les annonces de Cyril Ramaphosa
Dimanche dernier, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a pris la parole à la télévision pour répondre aux manifestations. Il a annoncé de nouvelles mesures destinées à lutter contre l'immigration illégale : l'emprisonnement des employeurs qui recrutent des travailleurs sans papiers, la création de tribunaux spécialisés pour accélérer les expulsions, et la mise en place d'une base de données biométrique pour l'ensemble de la population afin de prévenir l'usurpation d'identité.
M. Ramaphosa a également averti les Sud-Africains qu'il ne devaient pas se faire justice eux-mêmes en s'en prenant à des personnes soupçonnées d'être en situation irrégulière.
Des enjeux électoraux
L'Afrique du Sud doit organiser des élections locales en novembre prochain. Plusieurs analystes estiment que la question migratoire est devenue un thème majeur de campagne. Un porte-parole de l'Agence de gestion des frontières sud-africaine a indiqué qu'aucun des passagers du vol de rapatriement ne possédait de titre de séjour en règle. La consule nigériane a pour sa part souligné que les lenteurs dans le traitement des demandes de visa pouvaient expliquer la situation de certains migrants.
La consule Okey-Uche a estimé que les migrants étaient « fondamentalement utilisés comme boucs émissaires » et a exhorté Pretoria à agir concrètement contre les auteurs de violences xénophobes.