L'accord de cessez-le-feu conclu entre les États-Unis et l'Iran a plongé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, dans une situation politique particulièrement complexe. Ce texte, qui prévoit notamment la fin des opérations militaires israéliennes contre le Hezbollah au Liban, ébranle les fondements de sa carrière politique et le place face à un dilemme stratégique inédit.
Trois piliers ébranlés
L'accord remet en cause les trois piliers sur lesquels Benjamin Netanyahou a bâti son parcours politique. D'abord, sa capacité à peser sur les décisions de l'administration américaine, autrefois perçue comme un atout majeur, se trouve sérieusement compromise. Le président américain, Donald Trump, a qualifié le Premier ministre israélien de manque de jugement après une frappe ordonnée à Beyrouth, une remarque cinglante qui a été largement commentée par ses rivaux politiques. Ensuite, la lutte contre l'Iran, présentée comme le cœur de la politique de sécurité israélienne, aboutit à un accord qui laisse Téhéran dans une position perçue comme plus forte. Enfin, l'image de Benjamin Netanyahou en garant de la sécurité du pays est mise à mal par l'exigence américaine et iranienne de cesser les attaques contre le Hezbollah, à quelques mois d'une élection législative.
Des options limitées
Les choix qui s'offrent au chef du gouvernement israélien sont perçus comme peu enviables. Le chef de l'opposition, Yaïr Lapid, a résumé la situation devant la Knesset en évoquant « soit une confrontation directe et destructrice avec notre plus grand allié, soit une soumission docile aux intérêts israéliens ». Cette analyse reflète l'étau dans lequel se trouve Benjamin Netanyahou, pris entre les exigences de Washington et les attentes de son propre camp.
Des critiques internes
Au sein même de sa coalition, les voix s'élèvent. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a clairement rejeté l'accord, affirmant sur les réseaux sociaux que « l'accord de Trump ne nous lie pas » et qu'Israël n'en est pas partie prenante. Un député du Likoud, Ariel Kallner, a pour sa part déclaré qu'Israël continuerait à se protéger, sans préciser si cela impliquait la poursuite des frappes, et a estimé que les alliés devaient comprendre la situation de danger dans laquelle se trouve le pays.
Ces tensions internes reflètent la pression exercée sur le Premier ministre, notamment sur la question libanaise. L'Iran a fait de la couverture de ses opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, une condition de l'accord de cessez-le-feu.
Un silence qui interroge
Contrairement à ses habitudes, Benjamin Netanyahou, d'ordinaire prompt à revendiquer des succès, est resté silencieux depuis l'annonce de l'accord. Ce mutisme est interprété par certains observateurs comme le signe des difficultés qu'il rencontre pour définir une stratégie claire. La sécurité, socle de son discours électoral depuis des décennies, devient un message de plus en plus difficile à porter.
Sa réponse aux attaques du 7 octobre 2023 avait été de durcir la politique de sécurité israélienne, en privilégiant une approche préventive plutôt qu'une simple gestion des menaces. Cependant, si l'armée israélienne a dévasté une grande partie de Gaza et causé la mort de plus de 73 000 personnes, selon les autorités sanitaires locales, le Hamas conserve le contrôle de la moitié du territoire et y renforce son emprise. Par ailleurs, le plan de paix et l'administration pour Gaza proposés par les États-Unis restent en suspens, huit mois après la conclusion d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas.
Des divergences persistantes
Cette situation illustre les divergences persistantes entre Washington et Tel-Aviv. L'ancienne responsable du Mossad, Sima Shine, spécialiste de l'Iran, s'est interrogée sur l'acceptation par l'administration américaine des conditions iraniennes. Selon elle, en permettant à Téhéran de décider de la situation au Liban, les États-Unis offrent à l'Iran la possibilité de continuer à soutenir le Hezbollah et de maintenir son influence politique dans le pays.
Le défi pour Benjamin Netanyahou est donc multiple : gérer les critiques de l'opposition, contenir les frondeurs de sa propre majorité et trouver une issue qui ne le place pas en conflit ouvert avec son allié américain, tout en préservant sa crédibilité sécuritaire à l'approche d'un scrutin crucial.