Un accord-cadre, des espoirs prudents
Plus de cent jours après le début des frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, un accord-cadre a été conclu entre les deux capitales pour mettre fin aux hostilités. Le président américain Donald Trump a salué cette avancée sur les réseaux sociaux, affirmant que le détroit d’Ormuz, artère essentielle du commerce pétrolier et gazier mondial, allait rouvrir. Il a déclaré que des navires chargés d’or noir commençaient à emprunter cette voie désormais « totalement sûre, sécurisée et intacte ».
Cependant, les données de suivi des navires révèlent un trafic encore très réduit. Seuls deux bâtiments dotés de dispositifs de localisation actifs ont franchi le détroit depuis l’annonce de l’accord. La voie était quasiment fermée depuis le 28 février, à l’exception de quelques navires proches de l’Iran. Plusieurs centaines de cargos et pétroliers demeurent bloqués dans le Golfe, confrontés aux risques de mines navales et d’attaques de drones.
Les compagnies maritimes restent circonspectes
Maersk, deuxième armateur mondial, compte cinq navires immobilisés dans la zone. La compagnie danoise a indiqué qu’il était trop tôt pour évaluer l’impact de l’accord sur ses opérations logistiques et qu’aucun changement n’était envisagé pour l’instant. De son côté, Hapag-Lloyd, géant allemand du transport maritime, espère pouvoir faire sortir ses quatre bâtiments coincés durant le week-end, mais seulement après la signature du document et le déminage complet du secteur.
Neil Shearing, économiste en chef chez Capital Economics, a souligné qu’il restait à déterminer si cet accord constituait « une trêve fragile ou un règlement durable ». Il anticipe un délai nécessaire pour que les flux pétroliers retrouvent leur niveau d’avant-guerre, en raison de la dispersion des pétroliers, de la remise en route des installations de production et de raffinage, et des incertitudes sur les assurances.
Le prix du pétrole oscille, la volatilité persiste
Le détroit d’Ormuz assure normalement le transit d’environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux. Son blocage a provoqué une envolée des cours : le Brent, référence internationale, a atteint 120 dollars le baril au plus fort du conflit, contre moins de 70 dollars avant le début des hostilités. Après l’annonce de l’accord-cadre, le baril est redescendu à 83,55 dollars.
Florence Schmit, stratégiste énergétique senior chez Rabobank, anticipe d’importantes fluctuations jusqu’à la signature prévue vendredi. Elle a rappelé que des points essentiels restent en suspens : la durée exacte de l’accord – un texte de soixante jours pour la réouverture du détroit a été évoqué – et la possibilité que l’Iran réclame un péage. « Un accord de paix complet pourrait encore être très éloigné », a-t-elle déclaré.
Malgré tout, Schmit estime que si un cessez-le-feu total est conclu, la normalisation pourrait intervenir d’ici la fin de l’année, avec le retour de 26 pétroliers quotidiens et une stabilisation des prix autour de 85 dollars le baril, une fois les effets géopolitiques dissipés.
Des bouleversements structurels dans l’économie mondiale
Au-delà des marchés énergétiques, le conflit a accéléré des mutations plus profondes. La quasi-cessation des livraisons d’hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient a déclenché une recomposition des rapports de force entre producteurs, du Golfe persique aux Amériques. Les pays importateurs asiatiques et européens, confrontés à leur vulnérabilité, multiplient les recherches d’alternatives.
En Corée du Sud et au Japon, cette situation a conduit à un recours accru au charbon, énergie plus polluante. Mais à plus long terme, ce deuxième choc énergétique en quatre ans pourrait accélérer la transition vers les renouvelables – solaire, éolien – ainsi que le nucléaire.
Le FMI en alerte, des conséquences durables
Le Fonds monétaire international a annoncé rester « en état d’alerte élevé » face aux répercussions du conflit, même après l’accord. L’institution juge que la reprise dans le secteur énergétique sera plus lente que la normalisation politique et que les effets de la guerre continueront de peser sur l’économie mondiale pendant plusieurs mois encore.
Les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la hausse des coûts de transport et l’incertitude géopolitique ont déjà affecté les prix des denrées alimentaires et des biens de consommation. Les experts soulignent que les économies ne pourront pas simplement reprendre leur cours antérieur : des changements irréversibles sont en marche, qu’il s’agisse de la recomposition des marchés énergétiques ou de l’accélération des investissements dans les énergies propres.
Des questions en suspens
Plusieurs incertitudes demeurent quant à la mise en œuvre concrète de l’accord. Les conditions précises de levée des sanctions et de retrait des forces n’ont pas été détaillées. Les armateurs attendent des garanties tangibles sur la sécurité des routes et la couverture des assurances avant de s’engager dans des transits massifs. Enfin, le rôle de l’Iran dans la stabilité régionale, notamment via ses liens avec le Liban, n’est pas tranché.
En attendant, le monde observe avec prudence les premiers signes concrets qui suivront la signature. Une certitude émerge : les transformations économiques déclenchées par ce conflit marqueront durablement l’ordre mondial.