Un cadre d'accord annoncé, une reprise incertaine
Les États-Unis et l'Iran ont conclu un accord-cadre qui pourrait mettre fin à plus de trois mois de conflit ouvert, marqué par des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran entamées le 28 février. Le président américain Donald Trump a salué l'accord sur les réseaux sociaux en ordonnant de « laisser couler le pétrole » et en annonçant la réouverture du détroit d'Ormuz à la navigation commerciale. Il a affirmé que des navires commençaient à se déplacer, chargés de pétrole, dans ce qu'il a qualifié de voie « totalement sûre ». Cependant, les données de traçage des navires indiquent un trafic toujours très réduit, avec seulement deux embarcations ayant franchi le détroit depuis l'annonce. Des centaines de navires restent bloqués dans le golfe Persique, en raison des risques persistants de mines marines et de drones. Les experts estiment qu'un retour à la normale prendra plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Le marché pétrolier entre volatilité et attentes
Avant le conflit, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux transitait par le détroit d'Ormuz. L'arrêt quasi total du trafic a fait grimper le prix du baril de Brent, référence mondiale, de moins de 70 dollars à un pic d'environ 120 dollars. Après l'annonce de l'accord-cadre, le Brent est retombé à 83,55 dollars. Une stratège énergétique interrogée estime que le prix pourrait encore chuter sous les 80 dollars dans un contexte d'optimisme, mais qu'il pourrait se stabiliser autour de 85 dollars d'ici la fin de l'année si un cessez-le-feu durable est confirmé. Elle souligne toutefois que l'accord prévoit une ouverture du détroit pour 60 jours seulement, et que les modalités ultérieures, comme l'éventuel rétablissement d'un système de péage par l'Iran, restent floues. Tant que l'accord n'est pas signé, la volatilité des cours devrait se maintenir.
Une recomposition profonde de l'ordre énergétique mondial
Le choc énergétique provoqué par ce conflit — le deuxième en quatre ans — dépasse la simple perturbation des prix. La quasi-suspension des livraisons en provenance du Moyen-Orient a accéléré une redistribution des cartes entre producteurs, du golfe Persique aux Amériques, tandis que les pays importateurs cherchent fébrilement à réduire leur dépendance. En Asie, notamment en Corée du Sud et au Japon, la vulnérabilité énergétique a conduit à un recours accru à des combustibles plus polluants comme le charbon. Mais à plus long terme, cette crise pourrait accélérer la transition vers les énergies renouvelables — solaire, éolien — et le nucléaire. Les analystes s'accordent à dire que les marchés de l'énergie, leur composition et les acteurs qui les dominent sont en train de se transformer durablement.
Les obstacles logistiques et assurantiels à la reprise
Au-delà des annonces politiques, la reprise du trafic maritime se heurte à des obstacles concrets. Les compagnies maritimes, comme Maersk et Hapag-Lloyd, qui comptent plusieurs navires bloqués dans le golfe, se montrent prudentes. La priorité est d'extraire les bâtiments immobilisés, après un éventuel déminage et sous réserve que les assurances acceptent de couvrir les risques de traversée du détroit. Un économiste en chef de Capital Economics prévient qu'il faudra du temps pour que les flux pétroliers reviennent à leur niveau d'avant-guerre : les pétroliers ne sont pas positionnés aux bons endroits, les installations de production et de raffinage doivent retrouver leur pleine capacité, et le coût des assurances pour les navires empruntant la voie reste une inconnue majeure. La compagnie Maersk a indiqué qu'il était trop tôt pour évaluer l'impact logistique de l'accord.
Des conséquences économiques durables
Le Fonds monétaire international (FMI) a fait savoir qu'il restait en « état d'alerte maximale » face aux répercussions du conflit, même après la conclusion de l'accord-cadre. Les économistes jugent que les économies mondiales ne pourront pas simplement reprendre là où elles s'étaient arrêtées avant les frappes du 28 février. Le conflit a ébranlé la confiance dans la stabilité et la prospérité de la région, et les chaînes d'approvisionnement — notamment pour les denrées alimentaires et les biens essentiels — subissent encore des perturbations. L'accord-cadre ouvre une fenêtre, mais la normalisation complète, incluant un retour à vingt-six pétroliers par jour dans le détroit et des prix stabilisés, pourrait ne pas intervenir avant la fin de l'année, voire au-delà, si les tensions géopolitiques persistent.