David Sullivan, copropriétaire milliardaire de West Ham United, a démissionné de son poste de coprésident du club samedi, après qu'une enquête conjointe de la BBC Panorama et du Times a révélé des accusations de prédation sexuelle remontant aux années 1980. Sullivan, 77 ans, nie catégoriquement ces accusations, les qualifiant de « factuellement incorrectes et totalement fausses ». Il dénonce une enquête « fondamentalement injuste ».
Les accusations portent sur une période allant des années 1980 aux années 2000, impliquant au moins sept femmes qui étaient alors pour la plupart de jeunes mannequins en quête de travail auprès des journaux Daily et Sunday Sport de Sullivan. Elles décrivent un système où Sullivan aurait abusé de son pouvoir pour contraindre des jeunes femmes à avoir des relations sexuelles en échange de contrats ou de promotions professionnelles. L'une d'elles, Florence (un pseudonyme), affirme avoir été contrainte à un rapport sexuel lors d'un rendez-vous professionnel à son domicile en 1999, alors qu'elle avait 20 ans. Elle raconte que Sullivan lui aurait dit : « Ce ne sera qu'une minute, il n'a pas besoin de savoir », en référence à son petit ami qui l'attendait. Il lui aurait aussi dit : « Si tu couches avec moi, tu seras une de mes filles régulières, tu auras des couvertures, des pages centrales ». Florence n'est pas sûre de la façon dont elle a exprimé son refus, dans un état de « panique totale ». Elle déclare être « à 99,999999 % » certaine d'avoir dit « je ne veux pas », sans savoir si c'était audible.
Un autre témoignage évoque une jeune femme qui, ayant tenté de quitter une réunion après une proposition sexuelle, a trouvé la porte verrouillée. Sullivan n'aurait libéré la porte qu'après qu'elle ait élevé la voix. Deux autres femmes affirment s'être senties obligées de se soumettre par crainte de compromettre leur carrière de mannequin. L'une déclare : « Il profitait des jeunes ». Plusieurs des accusatrices ont confié leurs histoires à des proches, et des journaux intimes ainsi que des témoignages familiaux viennent étayer leurs dires. Huit femmes ont fait des signalements à la police métropolitaine ou à la police de l'Essex, mais Sullivan n'a jamais été inculpé.
Sullivan a également reconnu avoir payé pour des relations sexuelles avec une fille dans les années 1990, tout en affirmant avoir cru qu'elle avait 16 ou 17 ans. Le fait de payer pour avoir des relations sexuelles avec une personne de 16 ou 17 ans n'est devenu illégal qu'en 2003. Il avait alors la quarantaine.
Le parcours de David Sullivan est celui d'un entrepreneur qui a bâti sa fortune, estimée à plusieurs centaines de millions de livres, sur l'industrie pornographique. Né à Cardiff en 1949, il a commencé par vendre des photos de mannequins nues par correspondance dans les années 1970, avant de se lancer dans les magazines pornographiques, les films et les lignes téléphoniques érotiques. Surnommé le « roi du porno », il a été condamné en 1973 pour complot en vue de publier et poster des documents obscènes, et en 1982 pour avoir profité de salons de massage où des hommes payaient pour des relations sexuelles. Il a passé 71 jours en prison. Malgré ces antécédents, il est devenu copropriétaire de West Ham en 2010 et a été un dirigeant influent du club, présent sur le terrain lors de la victoire de l'UEFA Europa Conference League en 2023.
L'enquête soulève des questions sur ce que les autorités du football savaient de son comportement. Sullivan reste le plus grand actionnaire individuel de West Ham, avec 38,8 % des parts, bien qu'il ait quitté son poste de coprésident. L'affaire relance le débat sur la manière dont les antécédents et les comportements privés des dirigeants sportifs sont évalués et surveillés.