Une journée « Justice morte » a eu lieu lundi 29 juin en France, à l'appel de plusieurs organisations d'avocats et de magistrats. Ces derniers entendaient protester à la fois contre l'insuffisance des moyens alloués à la justice et contre les propos du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, dans le cadre de l'affaire Lyhanna. Devant le tribunal de Paris et dans de nombreuses autres juridictions du pays, des professionnels de la chaîne pénale ont manifesté, parfois en tenue de travail, pour marquer leur opposition.

L'Union syndicale des magistrats (USM), première organisation de la profession, avait déjà livré une charge très dure contre Gérald Darmanin la semaine précédente, lui reprochant d'avoir « jeté en pâture » les magistrats après le meurtre de Lyhanna. Ce terme renvoie à une « mécanique du bouc émissaire » que les plus hautes autorités judiciaires avaient déjà dénoncée quelques jours plus tôt. L'USM estime que les magistrats ont été présentés comme les seuls responsables des dysfonctionnements dans le suivi de l'affaire, alors que le manque de moyens chronique est en cause.

Stéphane Fischesser, secrétaire national du Syndicat de la magistrature (SM), a salué la diversité des actions tout en soulignant leur cohérence. « On est tous pour une justice qui fonctionne », a-t-il déclaré, ajoutant qu'il est nécessaire de « prioriser les procédures les plus importantes », ce qui n'est pas le cas actuellement, faute de ressources suffisantes.

Le mouvement de protestation a pris des formes variées selon les tribunaux. À Bobigny, deuxième tribunal de France, les avocats ont été appelés à une grève des audiences et des permanences. Dans d'autres juridictions, ce sont les comparutions de reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) qui n'ont pas été assurées.

Au-delà de la question des moyens, les avocats pénalistes s'opposent également à ce qui reste de la réforme de la justice criminelle portée par le gouvernement. Bien que le texte ait été largement vidé de sa substance après le renoncement de Gérald Darmanin à introduire une nouvelle procédure controversée, les professionnels jugent le projet de loi « inepte » et estiment qu'il dégraderait encore les conditions d'exercice de la défense.

Cette mobilisation s'inscrit dans un climat de tensions particulièrement vives entre le monde judiciaire et le pouvoir politique depuis la mort de Lyhanna. Plusieurs sanctions disciplinaires avaient déjà été prononcées à l'encontre de magistrats jugés responsables de négligences, suscitant l'indignation des syndicats et de la Conférence nationale des procureurs. Ces derniers avaient exprimé leur soutien aux collègues sanctionnés et dénoncé une instrumentalisation politique de l'affaire.