Le meurtre de Lyhanna, dont le corps a été découvert le 4 juin dans le Gers, a profondément ébranlé l’opinion. Les déclarations de sa mère, Charly Rameau, selon lesquelles le principal suspect, Jérôme Barella, aurait fait subir à l’enfant des « chatouilles » lors d’une soirée pyjama organisée chez lui en fin d’année dernière, ont réveillé les craintes de nombreux parents. Face à ce choc, la psychologue Lucie Potet, membre de l’association « L’Enfant Bleu », spécialisée dans la lutte contre les maltraitances, appelle à ne pas tomber dans une méfiance excessive et propose des clés pour encadrer ces moments de convivialité sans les interdire.

Un contexte de violences sexuelles plus large

L’affaire Lyhanna s’inscrit dans un tableau statistique préoccupant. La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CiiVise) estime à 160 000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles chaque année en France. Selon des données du ministère de l’Intérieur, les auteurs sont des membres de la famille dans 31 % des cas. La psychologue rappelle que « 85 % des violences sexuelles adviennent dans un contexte familial ou proche », soulignant que la menace ne vient pas nécessairement d’un inconnu. Il est donc essentiel d’aborder ces sujets avec les enfants sans focaliser uniquement sur le danger extérieur.

Instaurer un dialogue précoce et régulier sur le corps et les émotions

Pour Lucie Potet, la prévention doit commencer tôt, à la maison. « Il est important d’apprendre aux enfants à nommer les parties de leur corps, tout ce qui touche à l’intimité, mais aussi de valoriser un travail autour des émotions », explique-t-elle. La spécialiste insiste sur la nécessité de créer « un climat dans lequel l’enfant sent qu’il peut parler librement ou se confier sans qu’il n’y ait de risque de sanction ou de culpabilisation ». Elle rappelle que la responsabilité incombe toujours à l’auteur des faits et que l’enfant doit savoir qu’il ne sera pas puni s’il raconte quelque chose d’inquiétant.

Aborder le consentement et le respect de l’intimité

La question du consentement est jugée centrale. « Il est nécessaire d’avoir assez tôt des discussions régulières sur le consentement et la possibilité de verbaliser les émotions quand elles arrivent, du côté des enfants et des parents », résume Lucie Potet. Elle préconise de visualiser avec l’enfant les jeux autorisés et ceux qui ne le sont pas. Dans le cas de Lyhanna, la jeune fille reprochait au suspect un « jeu des chatouilles qui l’avait mise mal à l’aise ». La psychologue encourage à distinguer clairement les « bons secrets », comme ceux d’une surprise, des secrets qui peuvent « porter atteinte via des techniques qui bâillonnent l’enfant ».

Des solutions concrètes pour la soirée pyjama

Lucie Potet propose des mesures pratiques pour que les enfants puissent se sentir en sécurité. Pour ceux qui n’ont pas de téléphone, ils doivent savoir qu’ils peuvent à tout moment se tourner vers un adulte présent chez leurs hôtes pour appeler leurs parents, et que ces derniers viendront les chercher « sans aucune justification ». Pour les enfants plus grands dotés d’un portable, il est possible d’utiliser un SMS ou même de prévoir un « nom de code » entre parents et enfant pour signaler un besoin d’aide sans éveiller les soupçons. La psychologue insiste sur le fait qu’« avant d’arrêter les soirées pyjamas, il faut définir avec l’enfant des règles de sécurité ».

Ne pas céder à la panique

En définitive, la spécialiste appelle à ne pas bannir ces moments de sociabilité enfantine. « Personne n’a le droit de demander à un enfant de garder un secret, notamment sur son corps », martèle-t-elle, en préconisant d’apprendre aux enfants à « compartimenter les bons secrets et les secrets qui peuvent porter atteinte ». Le dialogue permanent, la confiance et l’éducation au respect de l’intimité apparaissent comme les meilleurs remparts contre les violences, sans pour autant priver les enfants d’expériences sociales essentielles à leur développement.

Les autorités poursuivent leurs investigations dans le cadre de l’affaire Lyhanna, tandis que plusieurs témoignages font état d’autres faits d’attouchements impliquant le même suspect.