Le corps de Lyhanna, une collégienne de 11 ans, a été retrouvé le 4 juin dans le Gers. Depuis, l'enquête s'est orientée vers Jérôme B., le père de sa meilleure amie. Selon la mère de la victime, l'homme aurait fait des « chatouilles » à sa fille lors d'une soirée pyjama organisée à son domicile en septembre ou octobre de l'année précédente. Cette révélation a provoqué une onde de choc parmi les parents, beaucoup remettant en question la pratique des soirées pyjamas.
Pourtant, pour la psychologue Lucie Potet, qui exerce au sein de l'association L'Enfant Bleu, renoncer à ces moments de convivialité n'est pas la solution. « Il ne faut pas céder à la panique », explique-t-elle. « Avant d'arrêter les soirées pyjamas, il faut définir avec l'enfant des règles de sécurité. »
Apprendre à nommer les parties du corps et à exprimer ses émotions
La spécialiste insiste sur l'importance d'un dialogue précoce et régulier autour de l'intimité. « Il est important d'apprendre aux enfants à nommer les parties de leur corps, tout ce qui va toucher à l'intimité, mais aussi de pouvoir valoriser tout un travail autour des émotions », détaille-t-elle. L'objectif est de permettre à l'enfant de verbaliser son malaise sans crainte d'être puni ou culpabilisé. « Il faut rappeler aux enfants que la responsabilité incombe toujours à l'auteur des faits. Il faut qu'ils puissent savoir en amont qu'ils ne seront pas punis s'ils racontent quelque chose qui est inquiétant ou de l'ordre d'une transgression », ajoute-t-elle.
Discuter du consentement dès le plus jeune âge
La notion de consentement est au cœur de la prévention. Lucie Potet préconise d'avoir « assez tôt des discussions régulières sur le consentement et la possibilité de verbaliser les émotions quand elles arrivent, du côté des enfants et des parents ». Elle voit ce travail comme « une prévention transversale de tout temps à la maison ». Cela permet à l'enfant de comprendre ce qui est acceptable ou non dans les interactions avec autrui.
Ne pas centrer la menace sur l'extérieur
Un point crucial soulevé par la psychologue est le fait que la majorité des violences sexuelles surviennent dans un cercle proche. « 85 % des violences sexuelles adviennent dans un contexte familial ou proche », rappelle-t-elle. Selon les données du ministère de l'Intérieur, les auteurs sont des membres de la famille dans 31 % des cas. « Il est important de briefer les enfants à ce sujet », insiste-t-elle, afin d'éviter de focaliser uniquement sur le danger extérieur.
Mettre en place des codes et des plans de secours
Pour les enfants qui ne possèdent pas de téléphone portable, il est essentiel de leur donner un moyen de se faire entendre. « Pour un enfant qui n'a pas de téléphone, il doit savoir qu'il a la possibilité de se tourner à tout moment vers un des adultes qui l'accueille pour appeler ses parents et que ces derniers vont se rendre disponibles pour venir le chercher sans aucune justification », explique Lucie Potet. Pour les plus grands, l'usage discrétionnaire du portable peut être organisé, avec par exemple l'utilisation de mots de code convenus à l'avance. « Il est même possible pour les parents d'utiliser des noms de code avec leurs enfants », suggère-t-elle.
Travailler la notion de secret
Une attention particulière doit être portée à la distinction entre les « bons secrets » et les secrets qui « bâillonnent » l'enfant. « Personne n'a le droit de demander à un enfant de garder un secret, notamment sur son corps », assène la psychologue. « Il faut que l'enfant puisse assez tôt compartimenter les bons secrets, comme organiser une surprise, et les secrets qui peuvent porter atteinte via des techniques qui bâillonnent l'enfant. »
Le contexte de l'affaire Lyhanna
L'affaire a mis en lumière le profil de Jérôme B., déjà signalé et visé par plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineurs. La mère de Lyhanna, Charly Rameau, a raconté que sa fille lui avait parlé des « chatouilles » dès le lendemain de la soirée pyjama, mais avait affirmé que cela n'était pas allé plus loin. D'autres témoignages, notamment celui du père d'une autre enfant qui aurait subi des attouchements lors d'une soirée pyjama, ont renforcé les inquiétudes. La Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) rappelle que 160 000 mineurs sont victimes de violences sexuelles chaque année en France.
Lucie Potet conclut en rappelant que la peur ne doit pas empêcher les enfants de vivre des expériences sociales importantes. Avec une préparation adéquate et un dialogue ouvert, les soirées pyjamas peuvent rester des moments de joie et de partage.