Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a présenté le 2 juillet devant la Chambre des communes des excuses officielles pour le rôle de l'État dans les adoptions forcées qui ont concerné environ 185 000 nourrissons en Angleterre et au Pays de Galles entre les années 1950 et 1970.

Dans sa déclaration, M. Starmer a qualifié ces pratiques de « tache dans notre histoire » et a affirmé que « la honte n'est pas la vôtre. Elle n'a jamais été la vôtre. Elle est la nôtre ». Il a souligné que les adoptions forcées n'étaient pas des actes isolés ou accidentels, mais des pratiques « ancrées » au sein des autorités locales, des organisations religieuses et de certaines parties de ce qui est aujourd'hui le Service national de santé (NHS). « Toutes ces institutions disposaient d'un pouvoir sur la vie des gens, mais elles ont agi sans compassion, sans consentement, sans dignité et sans garanties appropriées », a-t-il déclaré.

Des milliers de mères contraintes

Selon les informations disponibles, les bébés ont été retirés à leurs mères qui étaient souvent jeunes, vulnérables et sans soutien. Les femmes étaient contraintes, intimidées ou induites en erreur pour qu'elles acceptent l'adoption de leurs enfants, notamment en raison de la stigmatisation sociale liée au fait d'être célibataire et enceinte. Des employés du secteur public – médecins, infirmières et assistants sociaux – ont participé à ces pressions.

Parmi les victimes figure l'ancienne ministre travailliste et députée Ann Keen. Elle a raconté avoir été envoyée dans un foyer pour mères célibataires à Swansea en 1966, à l'âge de 17 ans, et n'avoir « pas eu son mot à dire » dans l'adoption de son fils. « Nous avons toujours été accusées d'avoir abandonné nos bébés, alors que nous ne les avons pas abandonnés », a-t-elle déclaré avant la réunion avec le Premier ministre.

Des recommandations parlementaires sans compensation

Cette annonce fait suite à des années de mobilisation des mères, des adoptés et de leurs familles, ainsi qu'à plusieurs rapports parlementaires. En mars dernier, la commission de l'Éducation de la Chambre des communes avait recommandé au gouvernement de présenter des excuses urgentes. Elle avait constaté que les décisions gouvernementales avaient « façonné l'environnement dans lequel les mères célibataires étaient souvent stigmatisées et contraintes de faire adopter leurs enfants ».

Toutefois, le rapport n'avait pas préconisé d'indemnisation financière, mais appelait le gouvernement à évaluer rigoureusement la manière dont d'autres pays, comme l'Australie, l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, avaient répondu à des scandales similaires. Le Premier ministre n'a pas annoncé de compensation directe, se limitant aux excuses. Aucun calendrier ni montant n'ont été évoqués.

Un processus de réparation en cours

Keir Starmer a reçu des militants au 10 Downing Street avant son discours. Il a promis d'améliorer l'accès aux registres d'adoption et de renforcer le soutien aux personnes cherchant à retrouver leur famille biologique. La commission de l'Éducation avait déjà demandé un meilleur accès aux dossiers et davantage d'aide pour les réunifications familiales.

Cette démarche intervient alors que le précédent gouvernement conservateur n'avait pas donné suite à une recommandation de 2022 du Comité mixte des droits de l'homme appelant à des excuses d'État. Le gouvernement actuel a donc rompu avec cette inaction.

Les victimes et leurs proches ont exprimé un soulagement mêlé de prudence, estimant que les excuses étaient une étape importante mais insuffisante. Plusieurs associations continuent de réclamer des mesures de réparation financière.