Air Canada a officialisé mercredi le recrutement de son nouveau premier dirigeant, une décision qui met un terme à un épisode marqué par des tensions linguistiques au Québec. Anko van der Werff, actuel patron de Scandinavian Airlines, prendra les rênes du transporteur canadien à l'automne. La compagnie a mis en avant une compétence particulière de ce dirigeant : il parle six langues, dont le français.
Un départ précipité par la polémique
Le prédécesseur, Michael Rousseau, quitte ses fonctions après avoir été vivement critiqué dans la province de Québec, fief historique d'Air Canada. En mars dernier, un accident grave avait déclenché une levée de boucliers : un appareil d'Air Canada Express était entré en collision avec un camion lors de son atterrissage à l'aéroport LaGuardia de New York. L'un des deux pilotes tués était francophone. Dans une vidéo diffusée par la compagnie pour exprimer ses condoléances et s'adresser aux victimes, Michael Rousseau n'avait prononcé que deux mots en français : « bonjour » et « merci ».
Cette séquence avait suscité l'indignation au Québec et au-delà. Le premier ministre canadien, Mark Carney, avait pris la parole pour dénoncer l'attitude du dirigeant. « Nous vivons fièrement dans un pays bilingue », avait-il déclaré. « Les entreprises comme Air Canada, en particulier, ont la responsabilité de toujours communiquer dans les deux langues officielles, quelle que soit la situation. Je suis très déçu. »
Des promesses non tenues
Le déficit linguistique de Michael Rousseau n'était pas nouveau. En 2021, après avoir prononcé un discours entièrement en anglais devant un groupe d'affaires québécois, il s'était engagé à apprendre le français. Cet objectif n'a jamais été atteint. Son incapacité à progresser dans cette langue était devenue un sujet récurrent de mécontentement dans la province.
Air Canada est pourtant tenue par une obligation fédérale d'offrir tous ses services dans les deux langues officielles du Canada. Lors de sa privatisation en 1988, l'État avait imposé le maintien du siège social à Montréal. Depuis les années 1970, le Québec a adopté une série de lois linguistiques visant à mettre fin à la pratique dominante des grandes entreprises fonctionnant en anglais avec des cadres anglophones. Toutefois, en tant que transporteur aérien soumis à la réglementation fédérale, Air Canada n'est pas assujettie aux lois québécoises.
Un nouveau dirigeant polyglotte
Anko van der Werff, qui dirige actuellement la compagnie scandinave SAS, prendra ses fonctions à l'automne. Sa maîtrise du français a été soulignée comme un atout majeur par la direction d'Air Canada. Cette nomination intervient dans un contexte où les questions linguistiques restent sensibles au sein de l'entreprise et de sa clientèle québécoise.
Le changement de direction reflète également les pressions exercées sur les grandes sociétés opérant au Québec pour qu'elles respectent les attentes linguistiques de la population. L'épisode de mars a accéléré la sortie de Michael Rousseau, dont le départ était devenu inéluctable après le tollé provoqué par sa communication jugée insuffisamment bilingue.