Un recours judiciaire pour contester une décision du Pentagone
Alibaba, l'un des fleurons technologiques chinois, a déposé une plainte devant la Cour fédérale du district nord de la Californie contre le département américain de la Défense. L'entreprise conteste sa récente inscription sur une liste noire qui désigne les sociétés considérées comme proches des forces armées chinoises. Dans son action en justice, Alibaba affirme n'entretenir aucun lien avec l'armée de la République populaire de Chine et estime que les autorités américaines ont violé la loi en procédant à cette classification.
La plainte, déposée le 23 juin, vise également le secrétaire à la Défense Pete Hegseth en tant que codéfendeur. Alibaba argue que cette désignation lui cause un préjudice réputationnel significatif et lui a déjà fait perdre des partenaires commerciaux, notamment des cabinets de lobbying. L'entreprise invoque également une violation de ses droits garantis par le premier amendement de la Constitution américaine. « Cette désignation n'impose pas seulement des coûts commerciaux : elle prive Alibaba de sa capacité à s'exprimer et à dialoguer avec le gouvernement par l'intermédiaire de ses représentants choisis », peut-on lire dans le document judiciaire.
Une liste qui cible plusieurs fleurons chinois
Plus tôt ce mois-ci, les États-Unis ont ajouté Alibaba à une liste d'entreprises que Washington accuse de soutenir l'armée chinoise, aux côtés de plusieurs autres sociétés stratégiques. Parmi elles figurent le constructeur de véhicules électriques BYD, le fabricant de robots Unitree, ainsi que des entreprises spécialisées dans les semi-conducteurs, les produits pharmaceutiques et d'autres secteurs industriels clés. Cette inscription interdit de facto au Pentagone de passer des contrats avec Alibaba, et restreint également toute collaboration avec des entités qui emploieraient des lobbyistes pour le compte de sociétés figurant sur cette liste.
Alibaba, principalement connu à l'international pour sa plateforme de commerce en ligne, est devenu un acteur majeur du cloud computing et l'un des principaux développeurs chinois de systèmes d'intelligence artificielle. L'entreprise précise qu'elle ne détient pas de licence pour fournir des produits à l'armée chinoise et qu'elle ne participe à aucun programme d'approvisionnement militaire, que ce soit en Chine ou aux États-Unis.
Un contexte diplomatique tendu
Cette décision américaine risque d'attiser les tensions entre Pékin et Washington, alors que les deux puissances s'efforçaient de stabiliser leurs relations économiques et politiques après un sommet entre le président Donald Trump et le dirigeant chinois Xi Jinping en mai 2026. Depuis dix-huit mois, les deux premières économies mondiales s'opposent sur les droits de douane, le commerce et le contrôle des chaînes d'approvisionnement technologiques critiques.
Le ministère chinois du Commerce a dénoncé cette inscription, estimant qu'elle compromet la trêve fragile établie entre les deux dirigeants. Dans un communiqué, il a accusé la partie américaine d'avoir « méprisé le consensus » trouvé lors de leur rencontre, d'avoir abusé de son pouvoir et de menacer la stabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales.
Les arguments juridiques d'Alibaba
Dans sa plainte, Alibaba conteste également l'interprétation par le Pentagone de ses relations avec le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information, l'un des principaux régulateurs d'Internet dans le pays. L'entreprise affirme que ses échanges avec cette administration ne diffèrent en rien de ceux qu'elle entretient avec d'autres agences gouvernementales, y compris américaines. « Un régulateur n'est pas une filiale », insiste le géant technologique.
Le département de la Défense n'a pas répondu dans l'immédiat aux demandes de commentaires.
Cette action en justice intervient alors que les entreprises technologiques chinoises sont de plus en plus prises pour cible par les mesures restrictives américaines, dans un climat de méfiance croissante entre les deux puissances autour des technologies sensibles et de la sécurité nationale.